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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 15:27

Note de lecture de François Maubré à propos de

Plein champ (article paru dans DIERESE 63)

A propos de « Plein Champ » de Robert Nedelec

Plonger dans « Plein Champ » et le mystère NEDELEC, c'est tout un rituel de lecture. On se demande quel chemin emprunter pour atteindre une lumière si bien cachée. Les mots s'enchaînent dans leur simplicité prosaïque, comme si tout était simple, comme si la vie était simple, comme si, entre rêve et réalité, toutes les passerelles étaient libres d'accès et assez solides pour cheminer de l'un à l'autre, comme si tous les gués se laissaient franchir sans laissez-passer . Passerelle ou gué.... passages obligés entre rêve et réalité, entre rêve et souvenir, entre réalité et souvenir. On balance à travers ces mots qui, comme le pinceau du peintre, va , vient, balaie la toile, change la couleur ou le trait au gré du mouvement. Car il y a du mouvement sous la plume de Robert Nedelec.

Au creux de la création, reviennent sans cesse l'enfance , ses éclats de lumière et son contraire , la mort habillée de ses cendres. C'est cette marche infatiguée qui secoue les poèmes.

Et si..(Robert .Nedelec nous jette des « si » non avoués, simplement dissimulés ) ce passage de l'enfance à la mort n'était qu'un regard déchiré sur le cheminement de l'homme, sans passerelle, sans gué, un raccourci de l'Humanité avec des mots retenus que dissimule la pudeur?

Il arrive parfois que rêve et réalité sont dans une telle osmose que le poète se fond dans l'un et l'autre en même temps comme si se perdre était échappatoire à une trop grande souffrance ou déchirure béante. Le galop des mots prend souvent une allure proustienne avec (on peut se le demander) le désir de nous tromper et, plus sûrement pour le poète , de se tromper lui-même. On se cherche dans « les eaux troubles » , mais où les trouver? Est-ce un jeu? Cherche-t--il à se perdre?

La remise en cause de soi-même, lorsque pendant plus de quarante années on n'a pas cessé de se questionner, crée peut-être une tentation à rire de ses propres émois (l'épouvantail) pour probablement oublier ses plaies. Seul le poête le sait!

Le titre « Plein Champ » peut faire penser au caméléon....Surprenant, direz-vous? Plein champ de regards comme ce saurien et sa vision à 360° , regards qui vont, tournent, reviennent fuient jusqu'à l'inatteignable, cherchent le profond de l'être et l'infini, allant de la poignée de sable ou la bille d'agate de l'enfant vers l'aimée ou plus gravement vers la mort tragique et vile dans le fossé. Roue de mots,Plein Champ nous livre une liberté de parole à laquelle les Surréalistes ne tordraient pas le cou.

Il est vrai que Robert Nedelec a connu cette écriture automatique . Dans les années 70, il a frôlé Soupault et Bérimont, les derniers de la bande.Il y a puisé le jeu des images et métaphores extrêmement riches qui font son identité.

« Plein Champ » est le tressaillement d'un vrai poète, d'un homme et sa nostalgie, qui suit sans se déjuger le même chemin d'écriture coulé souvent dans le vent d'une Bretagne , jamais citée, mais clouée dans ses poèmes.

« Et voilà aussi l'enfant qui cherchait le houx pour Noël dans quelque proche taillis qui n'existe plus, et ce frisson d'ailes au-dessus du temps. »(La grange)

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Published by michel-dani alain - dans découvrir
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