L'écrivain Nimrod (à gauche) et les acteurs tchadiens de la Compagnie du Bredin
Mercredi soir, nous avons reçu un coup de téléphone...inattendu. C'était Nimrod, l'écrivain tchadien (son passeport en atteste) et pourtant si français (la belle langue qu'il parle et écrit plaide pour lui) que nous avons rencontré si souvent, et dont le souvenir d'une lecture au Forum de l'IRTS a si fortement marqué les esprits qu'il en resté chez nous comme chez lui des souvenirs qu'il a ravivé dans un ouvrage paru l'an passé, "La nouvelle chose française", qui relate notamment l'événement;
Pour revenir à la conversation téléphonique, il nous dit qu'il sera à Frouard dès 19 h, qu'il compte nous voir à la première des trois représentations de la pièce de théâtre donnée au TGP de Frouard "Dernières nouvelles des jambes d'Alice", écrite par Laurent Vacher d'après son roman "Les jambes d'Alice".
Nous avions justement retenu trois places -comment manquer l'un de nos auteurs, Nimrod ayant gentiment prêté ses textes pour la première anthologie CARNAVALESQUES? - et il nous a suffi d'arriver un peu plus tôt.
Retrouvailles avec l'ami, rencontre avec Laurent Vacher, qui assure adaptation et mise en scène, les acteurs et le directeur du TGP, Philippe Sidre, et petit en-cas dans la petite salle du bar, pour une conversation à bâtons rompus : une quinzaine de personnes étaient là pour un moment d'échanges, entre nouvelles des Etats-Unis où Nimrod enseigne -il est professeur à l'Université du Michigan -, le Tchad où il a sa famille, et la France où il suit actuellement et pour quelques jours encore la pièce.
Justement, la pièce :
Quand on a lu le roman, on a du mal (ce n'est pas le mot) à imaginer une adaptation théâtrale du texte. Laurent Vacher a expliqué le cheminement qui a conduit parallèlement sa découverte du Tchad - Djamena est un foyer de culture française important et dynamique - son projet d'une adaptation du texte d'un écrivain tchadien, et le long processus de formation des comédiens en même temps qu'il écrivait l'adaptation du roman.
C'est l'histoire d'une rencontre improbable, aux portes de Djamena, celle d'un homme, professeur de français et d'une femme -peu original, me direz-vous- une basketteuse, Alice, dont les jambes fuselées(?) cristallisent les sentiments, et d'autres choses encore, du héros.
" La démarche inoubliable d'Alice l'attire jusqu'au vertige" dit l'article de présentation.
Voilà pour l'histoire. Sur fond de guerre civile.
Sur la scène, 3 acteurs, une femme, un homme "tergalé, cravatté" qui sont les deux héros de la pièce, et un musicien - cora, djambé et chant. Pue d'accessoires : un ballon de basket, un tabouret de bar, le tout sur fond blanc, sol et mur à angle droit délimitant la scène.
La pièce ne s'embarrasse pas d'artifice : tout tient debout -à angles droits- grâce au découpage -savant- du texte, qui éclaire mais ménage ses zones d'incertitude ; au jeu des acteurs -l'actrice est à la fois l'une ou l'autre, mais parfois l'une et l'autre - ; et à l'écriture d'un texte solide, littéraire et parfois d'une force étonnante, je veux évoquer ici le passage -forcément- érotique de la découverte du corps de la femme ( qui a autre chose que ses jambes pour plaire.
"Ce spectacle est un objet unique de raison, de rebellion et de poésie contre le fatalisme" dit l'article de présentation.
C'est dit.
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