Mardi 22 novembre 2011 2 22 /11 /Nov /2011 17:37

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HÉLIAS (FRÉDÉRIQUE), HOAREAU (STÉPHANE), DIR., ÎLES DE L’OCÉAN INDIEN. N° SP. DE CARNAVALESQUES, (NANCY : ÉDITIONS ASPECTS ; LA RÉUNION : ÉDITIONS K’A), N°4, JUIN 2010, 140 P. – ISBN 978-2-91079-179-7.

Ce volume, coordonné par deux jeunes Réunionnais, Frédérique Hélias et Stéphane Hoareau, présente vingt-quatre poètes vivant ou écrivant en français à La Réunion, aux Comores, à Maurice, à Madagascar et aux Seychelles, cinq espaces de création où le français tient une place différente parmi d’autres langues qui le côtoient, l’encerclent, le contaminent ou l’ostracisent. Les textes présentés témoignent de cette infinie complexité dans ce bout du monde appelé, comme le rappelle Daniel-Henri Pageaux dans la postface, « espace indocéanique ou india-océanique » (p. 135).
 Le projet du volume, qui est aussi celui de la revue, est de découvrir non des zones ou des situations, mais des créateurs défiant, individuellement, la même langue française. Le classement par ordre alphabétique d’auteurs brouille donc les regroupements nationaux traditionnels en les faisant « errer en cet archipel » (p. 25) selon les termes du Mahorais Nassuf Djailani. Le lecteur familier de la zone retrouvera les poètes qui ont déjà publié en France des volumes sous leur nom (le Comorien Salim Hatubou, les Malgaches Raharimanana et Ravaloson, les Réunionnais Catherine Boudet(comptes-rendus 103)  et Carpanin Marimoutou, le Mauricien Umar Timol ou dans plusieurs volumes collectifs récents (le Malgache Mahavanona, le Comorien Soeuf Elbadawi). Il en découvrira d’autres, parfois très connus mais seulement dans leur île (les Mauriciens Michel Ducasse et Jeanne Gerval-Arouff, les Réunionnais André Robèr et Jean-Louis Robert). Des pages critiques intitulées « focus » présentent (de manière peu lisible sur un fond gris et blanc) quelques auteurs seulement et toutes les îles, mais à des emplacements insolites dans la mesure où la présentation correspondante arrive bien plus tard que le premier auteur de chaque île.
À la suite des sélections de textes, et sous le titre de « Repères », une rapide présentation de l’auteur est suivie d’une citation tirée de son oeuvre et d’une bibliographie qui demeure, hélas, non-exhaustive. Enfin, signalons l’icono-graphie répartie entre les textes, semblant les illustrer mais de manière souvent maladroite. Il s’agit des dessins de la Franco-Comorienne Myriam Omar Awadi et des photos du Réunionnais Thérésien C. (qui semble vou-loir rester anonyme), oeuvres qui auraient été mieux mises en valeur dans une présentation séparée en fin de volume. Cette démarche anthologique permet de circuler à travers des textes très variés, mais la séparation délibérée entre les îles empêche, volontairement sans doute mais on le regrette quand même, d’esquisser des réseaux, de discerner des similitudes de postures, par exemple chez les créolophones.
Après la revue Riveneuve Continents et son Escales en mer indienne (2009), les divers volumes de nouvelles parues chez Sépia (Madagascar et Maurice en 2009) ou Magellan (2010), on ne peut que se réjouir que l’Océan Indien ne soit plus cet extrême aussi flou qu’exotique. Cette livraison est une occasion de plus de prêter l’oreille à ces voix insulaires qui pourraient toutes se joindre au Réunionnais Mikaèl Kourto pour dire : « L’île vit en nous / Elle bat / Se débat / Crie / Se tait nous appelle ou nous ignore » (p. 71) car, comme Catherine Boudet l’affirme : « On ne quitte pas une île comme on quitte une amante / Quand on est né d’une île on a pour toujours le coeur assigné à résidence » (p. 19).

Dominique RANAIVOSON

  compte-rendu extrait du bulletin d'Etudes Litteraires africaines n° 31 de  juin 2011

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Lundi 14 novembre 2011 1 14 /11 /Nov /2011 11:15

 

 

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Lundi 14 novembre 2011 1 14 /11 /Nov /2011 11:06

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Sortie le 18 novembre au Salon de l'Autre Livre à Paris pour le dernier recueil de Patricia Castex Menier

                          JARDINS PUBLICS

 

 

 

 

Extrait

 

« Quoi

qu’on en dise,

 

on

se promène toujours un peu

 

sur

les chemins du langage :

 

roses

encore plus roses

 

dans

leurs noms de divas,

 

fleurettes

drapées dans leur latin,

 

et

colvert en col blanc. »

 

 

 

 

Jardins publics, à la fois jardin des plantes et zoo familier, espace de jeux et de promenade, où se côtoient tant de promeneurs qui ont un point commun : s'y trouver.

Patricia Castex Menier y promène son regard aigu, à la fois malicieux et attendri.

Et sa plume vive.

 

 

 

Patricia CASTEX MENIER

 

Née à Paris en 1956, où elle réside et enseigne toujours.

Entre vie familiale et professionnelle, un itinéraire d’écriture volé au temps.

Le poème, aux racines toujours concrètes et quotidiennes, tente d’établir le lien

avec ce que nous dit le monde, et la résonance en écho des expériences communes.

L’édition, au fil des années, est aussi un cheminement, affaire exigeante de rencontre

et d’amitié, étapes d’un second travail de rigueur à partager.

 

Poésie :

 

Chez Cheyne éditeur, Le Chambon-sur-Lignon :

 

Questions de lieu, 1985

Chemin d’Eveil, 1988.

Infiniment demeure, 1992.

Ce que me dit l’ensevelie, 2001.

Bouge tranquille, 2004.

X fois la nuit, 2006.

 

Roman :

 

Aux éditions La Dragonne, Nancy :

 

L’éloignée, 2001.

 

Dernières parutions :

 

Poésie : Aux éditions Ficelle, Vincent Rougier, Soligny la Trappe

 

Achill Island, moutons et cetera, 2006

 

Révisions, 2009

 

 Livres d’artiste, tirage limité :

 

Chez Sarah Viame, Céphélides : Entrepas (avec W.lambersy), 2006

 

 

Chez Maria Desmée, collection « les révélés »: Interstices, 2007

 

 

 

 

 

Théâtre, pièce pour enfants :

 

Aux éditions Ficelle, Soligny la Trappe :

Avec Werner Lambersy, Le Roi Berdagot, 2005.

 

Entretiens

 

Aux éditions Parole d’aubes , Grigny :

Avec Pierre Dhainaut, A travers les commencements ,1999.

 

Présence en anthologies

 

La vraie jeune poésie, La Pibole, Paris, 198O.

Panorama de la poésie française contemporaine, Moebius, Triptique, Montréal, 1991.

Poèmes de femmes des origines à nos jours, Régine Deforges, Le Cherche Midi, Paris, 1993.

Das Fest des Lebens, Poètes français contemporains,(édition bilingue français-allemand)

R.Fischer, Verlag im Wald, I993..

Mars Poetica, Poètes croates et français, (édition bilingue),

Skud, Zagreb et Le Temps des cerises, Paris, 2003.

La poésie française contemporaine, J.Orizet, Le Cherche Midi, Paris, 2004.

 

Participations

 

Printemps des poètes, Paris, 2002 ; Paris et Zagreb,2003 ; Paris, 2004.

Semaine de la poésie, Clermont Ferrand, 2005 ,2007

Lectures sous l’arbre, Le Chambon-sur-Lignon, 2001, 2005, 2007.

Colloque Pierre Dhainaut, La passion du précaire, sous la direction de Jean-Yves Masson et Aude

Préta de Beaufort, Université Paris-Sorbonne, Avril 2007.

Les parvis poétiques, Paris 2007

Livre à dire, Montivilliers, 2007

La voix des mots, Dijon, 2007

Voix d’aujourd’hui, Brest, 2008

 

 

 

 

 

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Vendredi 11 novembre 2011 5 11 /11 /Nov /2011 18:29

 

(Alain Mabanckou ne saurait décevoir)

    « Cher Jimmy, le monde abonde désormais de ce type d’artistes à court d’idées, et il y a bien longtemps que la pitié du Nègre ne mobilise plus l’altruisme.
»
 
 
Lettre à Jimmy
   Alain Mabanckou,  coll. « rentrée littéraire » Fayard 2007
 
   Oubliant un peu le métier de romancier célèbre, Alain Mabanckou prend le temps de peaufiner des essais et rubriques littéraires.
 
Début : «
Alors que les mouettes désertent Santa Monica Strate Beach et qu’au loin tangue une embarcation prise dans une vague, je suis envahi par ta présence comme à chaque fois que j’erre ici… »
 
   L’ouvrage se termine à l’américaine, avec la liste des ouvrages consultés et des notes qui, au final, font référence aux pages de cet essai très peu universitaire.
 
La rencontre en question est celle, purement imaginaire avec James Baldwin, l’auteur de
La prochaine fois, le feu  - Gallimard 1962 et collection Folio -.
 
   Fasciné par le regard de Baldwin sur une photographie, Alain Mabanckou se met à interroger l’écrivain (« l’ami américain ») et à lui demander le temps qu’il fait au paradis. Commence alors la biographie de Jimmy,  un déclassé de Harlem dès sa naissance en 1924, dans le New York de l’époque, un véritable
apartheid nordiste. Pour détourner un poème reçu ce matin d’Umar Timol, le poète de Maurice, dans un « copier / coller « :
« étrange lucidité qui  
parfois jaillit /
dont les éclairs / fissurent les épopées de l’obscurité »

   Biographie poétique comme le
Verlaine d’ardoise et de pluie de Guy Goffette (Gallimard), l’ouvrage d’Alain Mabanckou explique la situation de ce bâtard de Jimmy dans un pays où les Américains noirs défendaient la cause musulmane comme Malcolm X, ou des illuminés comme Marcus Gravey. Alain Mabanckou adopte une démarche d’empathie avec Baldwin, on peut dire de tendresse devant ce fils de protestant intransigeant, doué au point d’écrire une pièce de théâtre dès neuf ans. La mentalité du père de Baldwin  - un « monstre » à la maison -est parfaitement reconstituée, avec un commentaire modéré à propos de ce père, plutôt malade mental..
 
   L’adolescence de Baldwin est celle, incroyable, d’un prêcheur connaissant la Bible par coeur et soumis à la « fouille sur le corps », la castagne des flics racistes. Avant la découverte de sa vocation : « Je veux être un honnête homme et un bon écrivain. »
On pense à l’exploitation de la misère par les escrocs habillés en curé – l’habit ne fait pas le moine -  comme dans les romans de Chester Himas (« La reine des pommes », série noire).
 
Ce que Alain Mabanckou nous apprend, c’est que Baldwin était fiché, suivi par le FBI avant même la trentaine – et
La prochaine fois, le feu – qu’il a approché Robert Kennedy avant son assassinat – il est parfaitement au courant des racontars d’Alain Finkielfraut, une jambe en France, l’autre aux Usa, fournit des informations venues d’outre-atlantique tout en restant très francophone.
 
 
 
 
 
   En littéraire (Université de Californie –Los Angelés), il ramasse les données dans les textes autobiographiques de Baldwin (démarche factuelle), prend le temps de les commenter, de les restituer sans intellectualisme, et nous plonge, avec son sens romanesque, dans un portrait du Noir américain à tous les points de vue passionnant.
 

Entre autres jugements intéressants : « …
l’idée d’une communauté noire de France est superficielle… l’histoire des Noirs américains a un enracinement qui ne saurait être comparé à la présence des Noirs en France… »
 
«
De l’autre côté, pour peu que tu jettes un regard sur la France, notre commun pays d’adoption, tu t’étonneras de constater que tes propos, tes écrits gardent leur actualité. »
 
   Livre lyrique et lucide
, Lettre à Jimmy donne une éclairage unique sur la littérature, digne de Pierrre Dommergues, autrefois, spécialiste de la littérature américaine, qui avait collecté des interviews des grands écrivains.
 
   Au fond, la démarche d’Alain Mabanckou vise à nous faire lire l’œuvre de James Baldwin. De ce point de vue-là,  aussi, c’est une réussite.
 
Christian Samson


 

Par michel-dani alain
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Vendredi 11 novembre 2011 5 11 /11 /Nov /2011 18:27

 

  Extrait :
                                 « Qu’il s’agisse du plaisir textuel ou du plaisir sexuel, de la jouissance du texte ou de la jouissance homosexuelle,
                                  Barthes, et qu’importe le penchant qui le travaillait, a réussi à fonder une théorie qui explique pourquoi on salive    
                                  pour un texte autant que pour un repas délicieux ou un corps excitant. »

                                                         Fatima EL BOUANANI


                                 

                                  
Roland Barthes in self



Le plaisir du texte, collection Tel Quel, éditions du Seuil
 

Très courtisé dans le milieu enseignant (parce que très court), l’ouvrage de Barthes fait partie de la bibliothèque de l’homme cultivé, au même titre que  les Variétés de Paul Valéry et… Charles Dantzig.
La lecture ludique répare le châtiment infligé à la tour de Babel et réconcilie les langues de l’humanité qu’elle brasse, hybride, masse en vrac  dans un  large soulèvement comme dans une laverie dyonisiaque, hors de toute idéologie. Barthes écrit : »
Si je lis avec plaisir cette phrase, cette histoire ou ce mot, c’est qu’ils ont été écrits dans le plaisir. » Plaisir, la mèche qui met le feu quand on a craqué une allumette. Barthes écrit par bribes, aphorismes, feux d’artifice, mouches de mondaine au coin de la bouche, dans une totale liberté d’esprit et d’écriture. Se donne le droit d’un érudit, d’un libertinage littéraire et réflexif, bien différent de la rigueur plus ou moins scientifique, sémiologique, reconnue dans les Mythologies pour une part évidente calquées sur Lévy-Strauss.
 
Barthes parle d’infralangage et vise la « science des jouissance du langage, son kama sutra », cite Sollers, Sade, Sarduy. Passant du coq à l’âne par esprit de l’escalier, il ravage la professeure de français en collège qui lit en cachette pendant les cours et lui concède  la liberté de lire à son rythme les classiques de la littérature, de gratter la dorure qui s’écaille, de vagabonder à sa guise, les jambes croisées sous le bureau, dans Tolstoï et Proust. Ce qu’il qualifie de « plaisir » se ramène en quelque sorte à la « paresse de lire ». En effet, les auteurs trônant dans la bibliothèque personnelle ont pris quelques rides. Et demandent de savourer « le feuilleté » : «
Lisez tout de Zola, le le livre vous tombera des mains. » Barthes, dans une sorte d’autobiographie en creux, - prolongeant le petit volume des Ecrivains par eux-mêmes (édition du Seuil) - invite à prendre conscience de l’éthique du lecteur (à son insu nietzschéen)  au détriment du dolorisme et de l’acharnement naturalistes. Ce qu’il dit pour un roman s’applique à un poème ou à un recueil. Ou au sexe. La culture est un usufruit, chacun en fait ce qu’il lui plaît afin de rendre sa lecture personnelle confortable, révélant ainsi ses valeurs en s’y projetant et en les détruisant. Barthes semble avoir été marqué autant par la psychanalyse que par la linguistique, par Derrida et inévitablement par Deleuze, Guattari, anti-psychiatre, il va jusqu’à envisager la société des Amis du texte, utopie pour ainsi dire caduque à l’ère d’internet, des multimédias où l’écran est pulvérisé par les messages, les textes informatifs et conjoncturels, bouclés dans la précipitation avec correction orthographique instantanée : « j’aime le texte parce qu’il est cet espace rare de langage, duquel toute « scène » (au sens ménager du, conjugal du terme), toute logomachie est absente ; le texte n’est jamais un « dialogue »..
 
L’ouvrage cristallise quelques formules aujourd’hui indépassables ; Barthes synthétise le savoir de son époque avec élégance, dans un perpétuel jaillissement de « formules » justes  - un peu rustres - et de « recettes », dégage l’éthique de l’écrivant et du lecteur. Quand verra-t-on la critique de la sémiologique et du socle épistémologique contemporain ? Un effort pour renverser les présupposés attachés à la gauche et à la droite françaises. Le plaisir du texte, élégant, bien français, s’inscrit dans la sillage de
La littérature à l’estomac de Julien Gracq ou de Les fleurs de Tarbes de Jean Paulhan (lequel, ayant vécu à Madagascar, n’eut pas toujours,  plus tard à la tête de la NRF, des rapports sereins avec Antonin Artaud). C’est vrai que Frédéric Beigbeder n’arrive pas à la cheville de ces essayistes passés, au brio incontestable, avec sa tentative taxinomique de proposer ses choix de romans préférés, après la bibliothèque idéale de Bernard Pivot et du mensuel Lire…  plus respectable était le tableau des cent meilleures œuvres de la littérature française, sud-américaine, policière, etc. réédité en collection Omnibus.
 
Pour Barthes, ce qu’on nomme l’ennui n’est pas précisément l’ennui (de Moravia) dont il se gargarise : «  …
il n’y a pas d’ennui sincère… L’ennui n’est pas loin de la jouissance : il est la jouissance vue des rives du plaisir. »  Phrase ambiguë. Définition de philosophe, de japonisant ou de spécialiste de l’Orient, comme Simon Leys pour la Chine, René de Ceccaty, critique des grands classiques Japonais, ou Jean-Charles Depaule pour les poètes Palestiens, Lawrence ou Tahar Békri ?
Après une citation commentée de Flaubert, Barthes enchaîne avec :
« Le texte est un objet fétiche et ce fétiche me désire… nous sommes tous pris dans la vérité des langages/…./ entrainés dans la formidable rivalité qui règle leur voisinage… »  René. L. Louis publié par Aspect semble correspondre à ce type de « texte autocratique » décroché de l’idéologique et secrétant cependant dans son ombre une forme d’idéologie, d’autant plus que sympathisant des Jeunesse communiste, il a constamment flirté avec Aragon,  Jean Cayrol, Paul Claudel ou Saint-John Perse, deux auteurs antonymes en apparence, deux ou trois gros bonnets de la poésie. Il en va de même avec Jude Stefan, les poètes de la revue l’Ephémère ou côté Seuil, Denis Roche.
 
Nous vivons une période de résilience littéraire, pourrait-on écrire (sans être lu).
Le texte est cette « terra incognita » après la décolonisation et le renversement de Laurent Gbagbo avec le soutien logistique de Sarkozy. Il faut être libertaire, comme André Robèr et Carpanin Marimoutou ou jardiner.
 
L’erreur serait de considérer le texte comme homogène. Barthes pour s’en expliquer recourt à
la science – ou la pseudo-science de Lacan –invoque Bachelard, la sociologue de façon évasive, recrute les grands savants, penseurs et sages arabes,  dans une bouillie parfois indigeste, malgré sa saveur, soucieux de terrasser son lecteur à travers ses redites, raccourcis, références. Car en tant qu’enseignant au Collège de France il pouvait à loisir s’instruire, combler ses lacunes, savoir  incomplet sur ses fragiles acquis  au sanatorium - ses fondamentaux - pour se faire entendre de son  auditoire de spectateurs qui prenaient des notes, stupidement,  comme à l’université. Son discours cherche à surprendre dans chaque page, varie l’angle d’attaque, procède par un début de phrase percutant, - finalement son avantage est de côtoyer la littérature en se gardant d’en parler comme un taxidermiste décrit techniquement – dans la distanciation brechtienne - les «étapes de « l’empaillement » d’un ocelot ou d’un lamantin.
Le Plaisir du texte (publié en 1973) est à redécouvrir comme un documentaire sur une période de sécrétion des savoirs (Marx, Freud et Lévi-Strauss, Foucault, Deleuze), de grande curiosité  - d’excitation hédoniste - et de plaisir, qu’on n’a pas retrouvée depuis avec la critique génétique, la culture numérique, la vulgarisation de Michel Onfray et de l’Université populaire de Caen.
L’œuvre de Deleuze et Guattari, autrement plus stimulante, représente le nerf de la guerre de ces écrivains de poésie action, admirateurs de John Cage et de John Giorno, le survivant de la beat génération domicilié à New York. Jean-Louis Houchard , Christophe Fiat, Jean-Pierre Bobillot ne se séparent jamais de leur exemplaire de Mille Plateaux publié aux éditions de Minuit.
 
Alain Gnemmi
 

Par michel-dani alain
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