Vendredi 4 novembre 2011 5 04 /11 /Nov /2011 08:30

 

                                               

 

Figure humaine

   Jean-Pierre Lemaire                                                              collection blanche Gallimard
 

Le poète publie peu mais régulièrement depuis Le cœur circoncis et l’Annonciade (1997). Reçu à Epinal au lycée Lapicque, ce professeur spécialiste de la traduction grecque et latine  continue de nous intéresser avec ses poèmes sous le signe de St Augustin, le précurseur de l’autobiographie. Ce recueil composé de huit sections est l’avant-dernier, publié en 2008 ; soit, un recueil tous les trois ou quatre ans.
 

« La poésie dépose
ses bateaux en papier
sur le courant obscur
. »
                              
                                           
 
«  Elle joue à l’écart
 Sans troubler l’attente
 Du verbe en nos vies
. »
 


(Avant que la jeune génération condamne les vieux et les entasse dans des camps d’extermination sur la lune… ) La poésie serait donnée en quelque sorte immédiatement,  précaire, une  preuve de dextérité comme au cours de la fabrication d’une cocotte en papier qui peut coexister avec la foi.
 
Le début du poème contient la dose d’imagination nécessaire avant le développement du motif : et si nous étions… des lions dans l’arène, si nous montions sur une échelle pour récupérer le corps du Christ, et si…  tu descendais du ciel au moment du jugement dernier, -  si sur le mur l’ombre marchait, et si tu marchais sur l’eau, et si le pas du piéton consolidait, redonnait un peu d’équilibre aux maisons au bord d’un canal à Venise. Et si le mendiant était  plutôt celui qui donne. La vie consiste à chercher des pissenlits sur une voie ferrée abandonnée ou à parler avec la Vierge noire. Paysages méditerranéens et parisiens. Au gré des saisons.
 
Le poète est partagé entre la poésie qui survole et la prose à fonction descriptive qui s’attache à surprendre la sensibilité des choses. Le prosateur peut raconter l’atmosphère pleine d’humanité de Lourdes au cours d’un pélérinage qui retrouve ainsi un peu de sa signification au contact des paralytiques et  fauteuils roulants.
 
Le poète invite parfois à poser sa plume et à regarder le mystère, le discours latent dans la maison aux fenêtres ouvertes, à l’instar de Baudelaire dans les Petits poèmes en prose. Ou à s’arrêter devant un tableau célèbre de Magritte, accroché dans un musée de notre pays que nous ignorons dans ce qu’il peut nous apporter de richesse – sans être pour autant passéiste, traditionaliste, seulement nostalgique de la fraîcheur de l’enfance.
 
Le recueil représente un florilège d’instants précieux accessibles à chacun de nous dans leur halo. Il est en quelque  sorte un guide touristique du rêveur potentiel entre les Pyrénées et les quartiers de Brest, qui ne profitent pas toujours d’une météo favorable. Une version actualisée de certaines pages de Claudel – le poète préféré de Jean-Pierre Lemaire, visionnaire serein, par intermittences, dans la dernière section « figure humaine » : l’immigré, la ménagère, etc.
« La fin du monde a déjà commencé
pour les pensionnaires entourés de roses
. »
Les fleurs bien vivantes servent de feuilles intercalaires entre les différentes pages, témoignant ainsi que la poésie est, avant tout générosité.
 
 
« Dans l’appartement où ne vient plus de femme,
sa main fiévreuse cherche
une main plus fraiche
à effleurer sur le bois de la table.
Ce soir, en tâtonnant,
Il croit sentir une rivière
couler autour des nœuds du bois :
La Sorgue verte et brillante en avril
… »

Par michel-dani alain - Publié dans : poésie contemporaine - Communauté : Poésie contemporaine
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Dimanche 30 octobre 2011 7 30 /10 /Oct /2011 00:56

 

Shemin maniok shemin galé
 Carpanin Marimoutou, éditions K’A 2009

Recueil en créole et en français,
Shemin maniok shemin galé brasse tous les registres, de l’anecdote transcrite au hasard d’une homophonie relevée – compter et conter, « survivre en comptant » -, au poème court, au poème en prose. Carpanin Marimoutou figure en tête de  liste de la poésie réunionnaise contemporaine. –Les chemins empruntés signifient qu’un pays remue et vit, même tombé dans l’oubli de ceux qui naviguèrent sur les mers, échoués sur son rivage. L’île se maintient en dépit de et grâce à « l’apport océan ». : l’esclavage et les tueries du commerce maritime. Les traces laissées par les hommes sont conservées port leur permettre de se rencontrer– ce sont des chemins de mémoire pour nourrir le présent en repoussant les pleurs et les regrets de ce qui est advenu contre quoi aucune protestation n’est possible. De même que dans son parcours personnel, aucun individu ne peut rebrousser chemin, revenir aux blessures de son enfance. Les ancêtres demeurent présents, le patrimoine vivant, en ce qu’ils enseignent à maîtriser la peine par le chant et le danse « comme devaient sans doute le faire les ancêtres des tribus malgaches, africaine,s indiennes, et de tous les mondes du monde de ton monde ».


La dénégation de l’isolement insulaire se transforme en potentiel d’énergie et en soubresauts de fierté à l’évocation du site familial, avec son modelé volcanique – montagne – piton - cirque –son ancienneté géo-morphologique datant de l’époque où la terre s’engendrait dans une maïeutique qui reste à découvrir. Certes les commérages locaux – la transmission orale des faire-part nécrologiques -  finissent par agacer et donner la claustrophobie, mais raconter quelque chose avec art, s’épancher dans des histoires n’est-ce pas une façon de survivre dont la portée est universelle ? : les voisins négocient  leurs succédanés des contes des Mille et une nuits, et sont des « Schéhérazades » à leur façon, animés par des motifs moins nobles de voisinage, plus mesquins, par plaisir d’échanger des histoires sans se préoccuper d’appauvrir en fait ce qu’a de légitime le besoin de narrer et de faire entendre leurs voix.
-« Faire des histoires » devrait rester cependant l’apanage de l’écrivain et du poète, comme aurait déclaré «
un grand poète (toujours de l’autre côté de la mer, mais le vrai autre côté cette fois… » ? On voit comment, par quel mimétisme, l’écrivain contrefait avec habileté les rouages de l’esprit provincial de son département – pays -  avec lequel il vit en osmose,  une véritable passoire de « latifadés - en s’en accommodant et en le rendant productif de sens et d’humeurs – de plus amples rumeurs - vagabondes. En effet, le pays finit, excepté « les ponts – ils sont nombreux ici –», par ne plus se ressembler à cause des structures en béton et des grands projets immobiliers plaçant la Réunion au premier rang des destinations de voyage très prisées des continentaux : « nous descendons de l’écume jusqu’aux galets de l’embouchure qui nous écorchent les genoux ». L’ile monte au cours des enchères d’une partie de cartes jouée par les traders de la finance mondiale qui liquident la planète au bluff, au détriment du bien vivre et des nostalgies pacifiées – sous sédatif 3 D - de l’enfance.  L’île devrait plutôt subsister en tant que mode de rencontre avec ses traditions endémiques et ses séquelles de l’Océan Indien au lieu de tenir lieu de camping abrutissant  - tout terrain – et de veillées devant des écrans d’ordinateur où la dépouiller, par la magie d’une touche qu’on enfonce, de sa joie factice proposée sous fourme de dépliants touristiques («  surf, voile, parapente, rallyes… et l’exquise politesse des grands domaines »). Elle appartient  surtout à ces écumeurs de bar pérorant, en tenue négligée, accoudés au comptoir, éclaireurs d’aventures fabuleuses, grandiloquents aussi longtemps qu’ils sont soûls. Auprès d’eux,  Carpanin Marimoutou  renaît aux veillées arrosées de son enfance - à l‘apprentissage des « pas sautillants  des guerriers et des dieux sur le sol battu ». Les excursions d’autrefois le conduisaient en bonne compagnie, dès l’aube, au bord de la rivière à traverser avant de revenir et descendre d’étroits escaliers  : pèlerinage accompli sur la falaise qui était « une espèce de repos » avant qu’elle ne disparaisse sous les éboulis « Les pierrées et l’eau ont rebondi sur le soleil qui s’en est noirci./ Depuis j’efface les taches avec les chiffons que me prête la vie « . L’auteur n’en dit pas plus,. La sentimentalité est retenue comme elle l’est tout au long du recueil, en particulier dans un des deux poèmes publiés dans Carnavalesques 4 Océan Indien, « Vous disiez qu’il ne fallait pas nommer ce pays ».

 

 

Par michel-dani alain - Publié dans : lecture-critique
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Dimanche 30 octobre 2011 7 30 /10 /Oct /2011 00:53

 

La poésie marocaine contemporaine





Une anthologie de poésie dispense les mêmes plaisirs qu’une assiettée de petits fours. Elle s’adresse aux gourmands, flatte la préférence de leurs papilles ou leur curiosité pour une friandise extraordinaire immédiatement attirante au premier regard. Libre à chacun de choisir  ce qui lui est présenté – sur un plateau - selon ses préférences, ou la tartelette aux fruits rouges, la tuile truffée d’amandes, ou la meringue aux courbes craquantes ou (« péché de gourmandise ! ») l’une des variétés de ganache noire et de chocolat blanc garnis sur leur chef d’un oeuf  superbe assorti d’une collerette.

De même, il faut toujours satisfaire l’appétit du lecteur de poésie par la proximité d’auteurs jeunes ou méconnus et de poètes confirmés servant de faire valoir. De toute manière, un jour ou l’autre, les jeunes succéderont aux anciens, assureront la relève et ne desserviront pas une audience relativement faible –  une ignorance massive !- de la poésie contemporaine. La Maison de la poésie Rhône-Alpes avait proposé en 2006 une anthologie de la poésie marocaine dans le n° 38 de Bacchanales sous la direction d’El Amraoui. La collection de poche poésie/ Gallimard vient apporter, pour décembre 2010, son poids de surprises sous le titre  Les poètes de la méditerranée, anthologie à l’initiative d’Eglal Errera.  Dans la première, 54 poètes sont présents, dans la seconde 5 seulement retenus  et 2 sont convoqués à parité  égale dans les deux anthologies (c’est maigre comme assiettée de petits fours).  

Lisons donc Mohammed Bennis et Hassan Nejmi qui bénéficient d’une unanimité éditoriale plus grande de la part des anthologistes.

          
            
Mohammed Bennis, directeur de revue, éditeur et essayiste. Œuvre :    
            
Anti-journal, Le Don du vide, Fleuve entre deux funérailles (2003), Le       
           livre de l’amour
(2008)
Une œuvre ancienne de Mohammed Bennis
Le don du vide profitait d’une préface et d’une traduction de Bernard Noël. Il s’agit d’une œuvre majeure de la poésie marocaine (éd. L’Escampette 1999).

Depuis, l’auteur maintenant sexagénaire - ou presque – a poursuivi son bonhomme de chemin. Son inspiration adoptant souvent le procédé – le levier - de l’interpellation au lecteur reste attachée à l’instant de béatitude, à l’événement engendrant la parole : le fleuve fixé, presque représenté graphiquement sur la page, avec sa rive et son embouchure – comme une épaisseur grossissante du verre, une loupe, un pain de miel.. L’eau, au bord du courant, plus riche en associations, qu’il s’agit d’entendre est salive féconde et draine des histoires édifiantes pour peu qu’on lui prête une certaine attention. Chaque poème  de Mohammed Bennis se donne pour réécriture de la genèse, se nourrit de définitions paradoxales (« Cela ne fait rien  / la source est l’avenir de l’eau / et l’embouchure son passé ») ou de dissimulations amoureuses. Le poète s’exprime dans une économie de mots riches sémantiquement. Le  recours aux détails anatomiques pour nommer la double face d’un feuillage à jeter dans la rivière, recours  très imagé et original, voisine avec le tronc sinistre d’un arbre où un jeune élève amoureux de sa professeure s’est pendu. Les sensations tactiles trahissent autant le travail manuel, l’effort physique que la caresse et la jalousie – labeur – jalousie - sensualité : « La main a abandonné la lune hors de la chambre. Moi, je sens l’odeur du henné… ». De poème minimaliste, le texte mue en prose, en pointillés picturaux  à la manière de Seurat – et prend les dimensions d’une surface mosaïquée - en zellige – d’une toile de grand format destinée au dripping, saisissant des gestes et des tropismes, dans une scène d’intérieur feutrée dont ne saurait dire si elle est tout à fait intime, ou occupée par des gens, pleine de vide et de plein, de plénitude et de violence contenue.

L’olfaction filtre, avec un luxe de raffinement, dans le parcours de la caresse et la découverte du corps : le tatouage qui procure l’ivresse des sens est souvent magnifiée par une gamme de parfums originaires de Fès – le domicile - et de la tradition. Le poète, on le voit, célèbre les attributs du corps à défaut de le représenter.

L’œuvre de Mohammed Bennis est parfaitement maîtrisée dans une limpidité de langue qui ne doit désormais plus rien à l’aisance de ses traducteur, avec sa part de mystère et ses moments foudroyants, aussi mérite-t-elle d’être découverte, lue et parcourue en toute confiance.



Romancier et journaliste, Hassan Najmi appartient aux aînés en tant que membre fondateur de la Maison de la poésie au Maroc, et ancien président de l'Union des écrivains de son pays. Il compte à son actif, plusieurs recueils de poésie et des essais sur la poésie et la culture orale arabes. Oeuvre : Les vents ocres (1993), Petite vie (1995), Les baigneuses (2009).
Un poème « Moi et mon ombre » apporte son éclairage sur le discours désespéré de l’auteur à propos de la condition humaine «  
un homme éteint par la nuit », souvent silencieux, rongé par la solitude des lieux – la chambre, le bar, le trottoir de la rue où couchent les plus démunis, les pauvres - tenté par le suicide au gaz. Le mot « ombre » est un synonyme d’homme pour exprimer un des paramètres tragiques de la vie. L’individu doute autant de sa consistance que de sa place d’habitant du monde. L’ombre est immatérielle – elle se repose d’elle-même et de la lumière – elle reste projection extérieure du poète à son tour en proie aux mots et à leur ricanement, elle est ce qui reste de plus fidèle après le « masque de chair ». Hassan Najmi préfère écrire court, par assertions percutantes, par anecdotes teintées d’amertume et de cynisme (ainsi, dans « la montre du martyr » il est dit que la montre s’est arrêtée, et non que l’homme a été assassiné et laissé dans la rue pour le seul mobile du vol de sa montre). La lecture de ses poèmes n’entraîne pas la même adhésion que celle de Mohammed Bennis.
 
            Meringue aux courbes craquantes ou ganache noire et de chocolat      
             blanc ? Bien entendu, les  grands poètes marocains célèbres en   
            France, au demeurant excellents pâtissiers, sont
Tahar ben Jelloun et
            
Abdellatif Laâbi. Est-il utile encore d’en rendre compte? Bien
             que possédant, en commun, l’avantage de composer directement en français, le
            premier est lié à Tanger, le second à Fès, leur trajectoire est                    
            radicalement divergente depuis la fin des années 60, sous le régime
             impériale – impéraliste - d’Hassan II.
            Le premier a entrepris après le prix Goncourt pour
La nuit sacrée – et      
            continuer de mener encore - une carrière parisienne très suivie dans
            les médias - France 5- Gallimard –  le Nouvel Observateur -, le
            second, plus discret, écrit – et applique les recettes - de romans publiés
            chez Gallimard parallèlement à sa poésie  - sa spécialité - rassemblée
            dans ses
Oeuvres complètes aux éditions de la Différence.
            La priorité dans une anthologie consiste, sinon à se caler le ventre de
            pâtisserie fine, biscuits et macarons - autant passer alors  tout de suite
            au dessert ! - du moins de se mettre en appétit par petites bouchées     
            avec des pièces sur le plan gustatif délicates, feuilletées et salées, des
            
mignardises ou des amuse-gueules sortis de l’emballage standard à  
            pleines poignées et sans manières, autant de miniatures susceptibles    
            de combler « un petit creux »  au ventre quand on a faim avant   
            passer à table proprement dit.

            
Jalal El Hakmaoui, originaire de Casablanca, enseignant et revuiste
            D’
Electron libre, traducteur de l’arabe. Œuvre : Allez un peu au
            cinéma  
(2005), Entre deux nuages (2006)
               «
Modernité
               Courir derrière le lièvre de la modernité
              C’est comme courir derrière un camion chargé de viande bovine
              Qu’un chien aveugle conduit à la forêt
»

             Le besoin de courir derrière la modernité est légitime parmi les  
             auteurs de la nouvelle génération, lecteurs de Ginsberg et de
             Raymond Carver, tendus vers une poésie narrative fonctionnant à
             haut débit, désorientés par des buzzwords publicitaires - la mode
             communicante, du « positionnement professionnel » - et  en bon
             cinéphiles pourvus d’une mémoire  de plans tournés en « nuit
             américaine » jamais prise en défaut -  un cadrage d’Orson Welles –
             un étalonnage reconnaissable  des couleurs de Ridley Scott. Une   
             poésie satirique centrée sur des personnages types, des réactions   
             criardes du monde actuel dans une satire aigre-douce. A ce titre est     
             révélateur le texte      
             «
Pour quelle raison le poète emmène-t-il sa femme au Mc Donald ? ». Désormais, citoyen embourgeoisé, propriétaire de sa voiture, caressant sa femme bien en chair – et qui rumine des arrière-pensées -, le poète savoure un hamburger dans l’ambiance avachie d’un « fastfood » à l’américaine. L’aisance matérielle  –machine à laver – réfrigérateur – coca cola – ont dégradé le discours laudatif et sentimental classique. Carnavalesques 2006 avait déjà publié deux poèmes de Jalal El  Hakmaoui, « le hamster de la vie » et « le nez d’Al Pacino ». où le poète se mettait à la place d’un metteur en scène imaginaire et d’un acteur de cinéma célèbre, par dérision, pour dire en contempteur de l’Occident, l’imminence d’une apocalypse dans le bien-être et la standardisation : « Je suis venu sur cette terre obscure… Pour regarder la télévision des pauvres/ Pour sacrifier un mouton virtuel/ A l’honneur de l’Homme nouveau : L’Homme nouveau regarde vers le Bas ». La poésie cesse dès lors de se recroqueviller dans ses afféteries de langage et, aussi déconcertant soit son « habillage » quotidien - jean – et téléphone mobile -, elle retourne d’instinct à sa vocation première, d’ébranler les certitudes prosaïques, de faire vibrer la conscience et la sensibilité du lecteur. La poésie conserve sa fonction critique, qui ne se borne pas à une image spéculaire et nombriliste de l’acte d’écrire. La mise en abyme se trouve ainsi remisée parmi les accessoires prosodiques dépourvus de pertinence et entassés dams la remise – l’atelier – de l’auteur. Un pan de la poétique traditionnel s’écroule et va s’accumuler au milieu des gravats de l’inspiration
            
Hicham Fahmi, né à Marrakech en 1971, auteur publié sur internet. A son initiative est ouvert le premier portail de poésie marocaine, il s’est expatrié au Canada. Œuvre : Chirurgie de l’écran (1997), Ma rivale au visage moucheté se fait la barbe (2005),
          Voici des considération copiées sur internet parmi les comptes-rendus accessibles et acheminés à « flux tendu » : « Le web ne remplace pas les modes de circulation jusque-là en vigueur, mais vient les compléter, tantôt en s’y superposant et, dans certaines circonstances, en les doublant (en les dupliquant et/ou en les dépassant, en les prenant de vitesse), tantôt en en relayant certaines séquences ou segments. »
La nostalgie espiègle  et crue dans l ‘adresse à la mère génitrice trouvée dans le poème « Echographie » de Hichan Fahmi montre que le web ne déshumanise pas la sensibilité, ne déverse pas nécessairement des sentiments frelatés, - du clinquant ! - des émois enfantins transis dams le prisme d’une inclusion en résine –. Le web est un mode d’expression comme un autre support, imprimé, ou performé au cours d’une soirée de poésie orale, donc accessible au public – La valeur de la communication est proportionnelle à l’affect de l’utilisateur et à ses propres dispositions et à ses modalités d’invention élocutoires. Disons-le. La rhétorique ancienne n’en devient pas caduque sous prétexte que nombre d’épanchements observés dans les mails – le courrier des lecteurs informatisés –, en lecture rapide, prêtent à sourire, tantôt en raison de leurs carences expressives, de leur grave ignorance de la langue – le langage texto - la graphie fébrile et approximative - les sous-entendus de ses codes érigés en cryptogrammes - tantôt de leur franche naïveté  ou agressive facilité à tomber dans la polémique au niveau du contenu – « C.Koa ton pb » -
La preuve en est que « Echographie » de Hicham Fahni une fois publié par
Bacchanales n°38 de la Maison de la poésie Rhône-Alpes tranche, par son tutoiement abrupt, l’évocation d’un milieu familial deshérité où « nous nous agglutinions autour de toi quand tu t’apprêtais à sortir… nous roulions nos yeux espiègles/ et vicieux / pour reluquer ton slip rouge ». La poésie et la gestuelle conative de l’élocution en sortent indemmes comme l’enfant apostrophant sa génitrice. Dans «  cubes de formol », « Départ pour la veille » et «  Algorithmes de l’invisible », le poète adopte une prose saccadée, haletante, laisse parler ses visions sans se censurer, à bride abattue au sortir de l’école– comme le Rimbaud d’Une saison en enfer
- une saison en enfer décryptée et faxée – une variété d’écriture automatique surréaliste  qu’il s’est réappropriée énergiquement avec audace, sans sombrer dans le plagiat français
: «
L’arbre est le cauchemar de la terre.
Et les architectes des bourgeons macèrent le printemps dans les algorithmes de l’invisible/ Le cauchemar de la terre apparaît sur les écrans de l’air
… »
 
    Rendre compte d’une anthologie ne prétend pas témoigner de la vitalité d’une production littéraire, encore moins rendre justice à de nouveaux talents, à une nouvelle génération d’auteurs qui échappent souvent aux critères de sélection - au « tri sélectif - du responsable de l’anthologie forcément partisan, et réducteur dans ses goûts en matière de poésie. Peut-etre,  de grands auteurs en herbe et de des « pousses «  prometteuses en ont-ils été écartés. Du reste, en parlant, dams le cours de cette note, de petits fours, nous sommes-nous référés à la gastronomie française et avons aussi passé sous silence, faute de compétences culinaire -, la pâtisserie orientale, en particulier marocaine - et le moment de la servir au cours d’un repas de fête.

 

 

Alain Gnemmi

Par michel-dani alain - Publié dans : lecture-critique
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Dimanche 30 octobre 2011 7 30 /10 /Oct /2011 00:50

                                                                                                                                                          
  

Ode au Saint-Laurent
Gatien Lapointe éditions Ecrits des Forges et Autres temps

Oeuvre encore moderne, sans signes de vieillesse, ce long poème de Gatien Lapointe,
Ode au Saint Laurent paru en première version en 1963, titre régulièrement donné en guise de référence bibliographique pour situer la poésie Québécoise.
Comme cinquante années auparavant on peut qualifier sa lecture aujourd’hui de volonté de remonter à la source d’une veine poétique et d’une fougue juvénile, d’une expansivité épique comparables, pour le Canada de langue française, à ce que représentaient, à ce que contiennent encore, de stimulant les versets de Walt Whitman dans
Leaves of Grass – en français Feuilles d’herbe - au milieu du XIX siècle pour les Etatsuniens. Gatien Lapointe compose – et signe - avec entrain et intuition l’hymne de son pays aux vastes étendues  dans une langue directe et un emportement communicatif devant les grandes distances, la réservoir vierge Québécois en énergies de toutes sortes - lacs, fleuves, ressources du sous-sol - en espèces végétales – vallées à perte de vue – forêts giboyeuses - et en fraternité.
Les attitudes énonciatives employées sont aussi variées que le paysage - panorama - mental qu’il brosse de manière très colorée à coups de pinceau généreux, alternant le mode verbal performatif – courant en anglais et résumé dans la formule ; « quand dire c’est faire « -, l’ambiguïté d’un je qui est indifféremment celui du poète et cet
ego du fleuve Saint-Laurent. Signalons aussi le geste de montrer (« ce paysage est sans mesure ») au début d’un passage descriptif, et le souci du référent qui consiste à baptiser et introduire aux rites du clan dans une liturgie personnelle, Mais Gatien Lapointe, entrainé à lancer des sondes par introspection, comme d’autres lancent l’hameçon dans la rivière, s’interroge souvent sur son tempérament jovial, sur ce qui l’obscurcit passagèrement, autant qu’il recours à l’interrogation rhétorique et à l’exclamative. L’adhésion très forte ressentie à la respiration de son pays correspond au fait de s’assumer dans son corps qu’il sent battre – hors des sentiers battus -. Son hyperactivité est un reflet de l’appétit d’un corps jeune et sensuel qui veut s’ouvrir, littéralement s’affirmer et - tout en muscles et en nerfs - se dépenser. Découvrir son compatriote en prenant les devants, parler en son nom, en tant que porte-parole, interprète de ses fiertés caractéristiques – et prophète, comme le poète de Baudelaire, prophète du bohémien et du mage -  comportement rien moins qu’humble, équivaut à accepter son ascendance, sa terre de naissance, son identité domiciliaire. Gatien Lapointe laisse en héritage culturel une œuvre d’amour et d’affection domaniale, un discours sédentaire reçu et transmis par quelqu’un de toujours très curieux, dynamique, en éveil d’étonnement, une « éternel adolescent » ne se plaignant pas d’ankyloses. Sa poignée de main est franche. Corollairement, sa langue d’homme qui naît ignore les temps morts, la fange où on s’englue et où on se noie, modifie son rythme et frappe à la porte de la sensibilité universelle : «  Je vois dans une phrase l’espace de l’homme « L’œuvre est lisible de la part d’un lecteur francophone curieux des particularités locales de sa langue, des contextes  géographiques et des histoires engendrées dans le sang par ingérences étrangères – ou contentieux tribaux - aux cinq coins de l’horizon avant, pendant l’indépendance et depuis la « mondialisation », langue de la poésie contemporaine, des transformations linguistiques et des bonheurs d’expression métissées qu’elle offre un peu partout.
On parle à juste raison d’espaces francophones et de langue
partagée en copropriété.
Sans digresser, disons que les Québécois  avec lesquels on converse aujourd’hui évoquent Gatien Lapointe avec un enchantement jamais feint, ils vous adressent un clin d’œil amusé un peu comme  les Etatsuniens acquiescent à
l’Attrape-cœur de Salinger –quel personnage attendrissant, Caufield ! - et comme les Africains sourient au nom de Wangrin  
Si mentionner  Walt Whitman, c’est déjà insister sur la beat génération qu’il présage avec en surimpression le torse nu de Ginsberg, rendre compte de Gastien Lapointe c’est avouer le plaisir généralement satisfait que procurent soit Gaston Miron, de
l’homme rapaillé, soit Roland Giguère, soit Paul-Marie Lapointe, l’homonyme encore bien vivant de Gatien. Soit, bien entendu, Hélène Dorion : autant de maîtres contemporains de la poésie Québécoise.
L’Ode au fleuve est donnée pour «  un chantier à ras de sillons », elle suit l’ordre d’un journal, une progression accidentée, la pose de rivets, l’asphaltage de lignes droites et le sprint  avant la ligne d’arrivée avec ses petits redressements de tête,  avec ses haussements volontaires du menton, ses –fausses - prières…  virils. Un peu comme dans tous les cahiers de « retour au pays  natal », depuis Césaire jusqu’à André Rober et  Khal Torabully. Le geste créatif s’accompagne d’une remontée des enfers et se veut une recréation de l’univers, un début de l’histoire de libération sauf que le poète Gatien Lapointe revendique son appartenance à un «  ici » qu’il n’a jamais quitté, se contentant seulement de naître dans la démesure des distances et des Eléments
«
J’entraîne au jour tout ce qui est nocturne / J’ajuste l’arc-en ciel sur la cuisse des mers.
 
Et le soleil se mit en marche dans mon coeur… Je dis l’homme arrivant sur terre… »
«  
Tout ce que j’ai appris me vient d’ici ».

Par michel-dani alain - Publié dans : lecture-critique
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Dimanche 30 octobre 2011 7 30 /10 /Oct /2011 00:33

      cliquez sur la couverture

 

                                                               

Des fourmis dans la bouche de Khadi Hane (éd. Denoël  2011).
 
                                          
 
Le monde selon Khadi Hane

«
Mes enfants… fils du peuple, ils s’enivreront sur les murailles de Bandiagara, là où Amadou Hampaté Bâ a laissé son empreinte. »
 
 
 
La narratrice est Khadija, évoluant dans le quartier  cosmopolite de Château-Rouge à Paris. Elle doit lutter bec et ongles pour nourrir ses quatre enfants. Le père de l’un d’eux est un blanc (Pierre Lenoir), un blanc, comme les autres…  volage et intéressé. Ce  qui expose l’héroïne  aux foudres de ses compatriotes, hommes, femmes,  autant de ceux vivant en France que  de ceux restés au Mali (traditionalistes et profiteurs).  La rumeur a vite fait de se propager à ses dépens.
 
Le lecteur se pose très vite la  question : Truculente et femme émancipée, Khadija parviendra-t-elle  à sortir de son impasse existentielle, dans un milieu où les valeurs humaines sont si peu respectées ?
Documentaire sur les tensions autour de la butte de Montmartre entre faux prophètes, commerçants, assistante sociale et plèbe de la Sonacotra.
 
 Louis Philippe Dalembert  poète et romancier avait traité le sujet dans Rue du faubourg St-Denis  (éditions Du rocher 2005), il avait choisi le regard d’un enfant. Mais le talent de Khadi Hane est bien différent de celui du plus parisien des Haïtiens d’Europe.
 La romancière a du mordant, répond aux injustices avec une verve, une ironie sournoise qui s’exerce sur tous (y compris sur son amant épisodique : « J’étais bien placée avec mes quatre autres gosses pour savoir qu’un homme dans ma vie  ne serait qu’un touriste sur une île, renonçant à s’y fixer à cause du mal de mer »).
 
Khadi Hane est économe de ses images et préfère la nostalgie du pays natal, l’observation juste, le rendu un peu vache de la saleté humaine : « Au milieu des couleurs, un point unique scintillait, une étoile oubliée. Sa lumière n’atteignait pas la terre. Je la contemplai toute la nuit, me demandant si là-haut était caché quelque chose ou quelqu’un pour s’amuser à mes dépens. »
Le passage rappelle les dernières pages du roman d’Honoré de Balzac, Le père Goriot,
Et à des nuances près, celui d’Albert Camus, La peste, où Tarrou et Rieu conversent sur une terrasse d’Oran, au moment où les habitants de la ville célèbrent la victoire sur l’épidémie.  Le ton, ici, est autrement plus pessimiste.  
 
Malick Fall et Sembene Ousmane sont les clés dans le trousseau de Khadi Hane.
 
Comme le disait excellemment Jacques Chevrier dans son Anthologie africaine (Hatier 1981), le souci des écrivains est de « créer un langage qui serait à la fois délivré du carcan des modèles occidentaux et plus proche du langage de l’oralité traditionnelle ».
 
 
 
 
Des fourmis dans la bouche de Khadi Hane (éd. Denoël  2011).

Par michel-dani alain - Publié dans : lecture-critique
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