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13 mars 2008 4 13 /03 /mars /2008 15:00

Cee très beau poème est le premier des moments de poésie-chansons donnés à Epinal dans le cadre du Printemps des poètes 2008



Ernest Pépin

 

À tous les reconduits

 

Fils des murailles

Nous avons transporté les bosses du désert

Jusqu'aux portes du refus

La terre sous nos pieds déroulait ses frontières

Hissait des barbelés

Et refusait nos mains de pèlerins

Les passeurs cassaient nos âmes

Nos corps marqués au fer du soleil

Nos langues sèches de barbares errants

Et froidement tétaient l'argent de nos exils

 

C'est l'heure d'une folie douce

Nos genoux ont balisé l'enfer

Notre faim a mangé la poussière

Et nos silences ont grimpé la tour de Babel

C'est l'heure d'une folie douce

Là-bas

La ville amarre la misère

Le visage de l'épouse allume une feuille morte

L'enfant qui naît enjambe l'avenir

Là-bas la mort embarque les jours

Et les nuits dévorent la chair des étoiles

 

Nous sommes d'un long voyage

Un voyage d'ancêtres au coeur maigre

Un voyage de sauterelles affamées

Un voyage de pays sous parfusion

Un voyage d'ombres sans corps

Nous sommes de ce voyage

Où les nuits font contrebande de chair

Où les jours ont honte de leur soleil

Où les hommes quémandent le droit de respirer

 

Nous sommes de ce voyage

Nos yeux chavirent comme des pirogues blessées

Nos mains dénouent le nombril de nos rêves

 

Partir n'est pas partir

Quand les murs sont vivants

Partit n'est pas partir

Quand l'oiseau est sans nid

Partir n'est ps partir

Quand la terre se cloisonne

Dans la peur des peuples

 

Nos pas effrayaient la tour Eiffel

Les capitales repues du sel des colonies

Les usines à chômage

Les bourreaux d'arc-en-ciel

Les bourses mondialisées

Et les marchands de peau

Nos pas dérangent la marche du monde

Nos pas vont en fraude supplier l'horizon

Ils ne savent pas ouvrir les monnaies de l'accueil

Et ils s'en retournent humiliés

D'avoir à retourner

Au seuil de nous-mêmes

 

Est-ce la peau qui refoule

Est-ce l'homme qui dit non

Nous sommes les arpenteurs du refus

Les déserteurs sans papiers

Les capitales ont tissé nos douleurs

Et leurs lumières sont des flocons de sang

Des feux rouges sans paupières

Des enseignes interdites

 

Insectes saisonniers

Nous jouons

À recoudre l'espace

Derrière l'incendie

Nous jouons des jeux de prisonniers

Le monde entier est notre prison

Et nous jouons nos vies

Au casino des riches

 

Voici venue la saison des fleuves vides

Voici venue la saison des barbelés

Voici venue la saison des marées himaines

Voici venue la saison des esclaves volontaires

Même le village a mangé son midi

Et nos villes drapées dans la poussière

Sortent des seins maigres comme des aiguilles

 

Ô pays!

 

Nous avions rendez-vous avec les pays du rêve

Avec une autre géographie

Avec les grandes puissances de l'or et de l'euro

Leurs villes sont des vallées de miel

Des cornes d'abondance

Et leur pain quotidien récite sa prière

A l'ombre des cathédrales

 

Nous n'avons rien à déclarer sinon la faim

La faim n'a pas de passeport

Nous n'avons rien à déclarer sinon la vie

La vie vie n'est pas une marchandise

Nous n'avons rien à déclarer sinon l'humanité

L'humanité n'est pas une nationalité

La misère ne passe pas

Passager clandestin

Elle retourne au pays

Nos sandales ont usé les nuits

Nos pieds nus ont écorché les dunes

La rosée pleurait une terre inhumaine

Et nos mains mendiaient une autre main

Les drapeaux ont peur de leurs promesses

Ils se sont enroulés comme des scolopendres

Notre soif est retournée au feu de notre gorge

Et la vie nous a tourné son dos

 

Tout homme qui s'en va défie l'entour

Dessouche une nation

Et lézarde une étoile

Et dans ses yeux grésille une autre vie

Son feuillage est d'outre-mer

Quand tout au loin luit son désastre

Il fait troupeau vers les quatre saisons

Il fait tombeau aux bornages

 

Ô nègres marrons!

 

Ce sont forêts de béton et d'arbres chauves

Souviens-toi de l'enfant mort d'atterrir

En un seul bloc de froidure

Dessous le ventre de l'avion

Souviens-toi de sa mort d'oiseau gelé

Souviens-toi

 

Et toi reconduit

Econduit

Déviré

Jeté par-dessus bord

Taureau d'herbe sèche

Regarde-toi passer sur la terre

Les yeux baissés

Et sur la joue le crachat desnations

 

Ils ont faim du soleil

Mais le soleil a faim aussi

(Parole de poète)

Demande-toi où est ton lieu

Ton seul lieu d'accueil

Tu inventeras la terre

 

Lamentin le 29 octobre 2006



Ernest Pépin

 

Né le 25 septembre 2005 à Castel Lamentin en Guadeloupe, Ernest Pépin , après des études supérieures à Bordeaux, est professeur de lettres en Martinique, où il participe activement à la vie culturelle. Producteurs d’émissions littéraires, conférencier et poète, critique littéraire, il écrit parallèlement des romans et des recueils de poésie

Depuis 1985, il est directeur de la Culture et du Patrimoine au Conseil Général de la Guadeloupe.



  Pour écouter les émissions "Aujourd'hui la poésie", choisissez le lien"RADIO DECLIC" puis "émissions"  puis aujourd'hui la poésie"
le chargement est un peu long mais vous pourrez ainsi écouter toutes les émissions enregistrées


http://www.nancy.aspect.editions.over-blog.com

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Published by michel-dani alain - dans nancy.aspect.editions
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