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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 21:52

Notre récente et petite maison d’éditions* est une association 1901 qui a pour objectif de faire connaître les écritures contemporaines- et les écrivains-, par l’édition, bien sûr, mais aussi par des rencontres, animations et interventions dans les médiathèques, collèges et lycées notamment.


Nous n'avons pas encore édité d'ouvrages du type « documents » ou « témoignage ».

Cependant, lorsque notre comité de rédaction a pris connaissance du texte de Demba Assane Sy, « Parcours d'un jeune Toucouleur à l'assaut de la vie », il nous a semblé essentiel d'éditer et de diffuser ce remarquable témoignage.

Des demandes d'aides financières, nécessaires pour assurer la qualité d'un tel projet, ont été faites sans résultats. C'est pourquoi nous vous proposons de participer à la souscription de cet ouvrage de mémoire.

 

Avant de lancer la souscription, nous aimerions connaître votre avis : c'est pourquoi vous pourrez lire cidessous les 5 premières pages de l'ouvrage.


Présentation

Demba Assane Sy, infirmier en retraite, est né en 1921 à Podor dans la vallée du fleuve Sénégal. Il a traversé presque tout le XXème siècle et revient, en 2005, sur cette vie passée au Sénégal : une plume alerte qui rappelle les chroniqueurs du XIXème qu'il a si bien lus, peu de complaisances pour les événements et les hommes mais une grande ouverture aux rencontres et à l'amitié, et surtout un regard aigu et juste sur le monde contemporain.


Ce témoignage ne doit pas être perdu, mais porté, diffusé, connu aussi bien en Afrique qu'en France et dans l'ensemble du monde.


Nous comptons sur vous pour permettre de réaliser, avec nous, ce projet


Le comité de rédaction des éditions ASPECT


  • * Nous éditons sur nos fonds propres d'adhérents, soutenus par le Centre Régional du Livre pour l'édition de notre revue CARNAVALESQUES, revue de découvertes des écritures du français contemporain.

    http://nancy.aspect.editions.com


Parcours d'un jeune Toucouleur à l'assaut de la vie (extraits) par Demba Assane Sy


Chapitre I


Enfance dans le milieu traditionnel Je suis né officiellement en 1922 sans autre précision. Je dispose d’un jugement supplétif tenant lieu d’acte de naissance. Mon père qui a été à l’école française n’a pas jugé utile de faire une déclaration à ma naissance comme il l’avait fait pour mon grand frère Malick né un 19 juillet 1919 et qui est mort en bas âge. Est-ce pour conjurer le mauvais sort ? Lui seul le sait ! Toujours est-il qu’il m’a dit quand il a fait ce jugement avoir diminué mon âge de six mois. Je peux donc en déduire que je suis né soit vers fin juin, soit début juillet 1921. D’ailleurs en règle générale la différence d’âge entre deux frères de même mère est le plus souvent de deux ans plus ou moins quelques jours. Cette déclaration est faite en 1938 afin de me permettre de passer le concours pour accéder dans le corps des infirmiers et infirmières sanitaires de l’époque. J’ai passé une enfance tout à fait ordinaire comme la plupart de mes congénères.

 J’ai commencé très jeune par l’école coranique obligatoire comme tout bon petit musulman. Tous les matins, qu’il pleuve ou qu’il vente, il me fallait aller chez les habitants de mon quartier, parfois au-delà, pour demander l’aumône. On avait beaucoup plus de chance de remplir son écuelle quand on avait une voix mélodieuse pour charmer ou pleurnicharde pour apitoyer. Les usages D’ailleurs il était d’usage que chaque famille, tous les matins, sorte l’aumône composée le plus souvent de grains. Certaines, parce que ce rôle est dévolu aux femmes, la portaient directement à la mosquée, d’autres attendaient sagement sur le pas de leur porte le passage du petit « almoudou».

 L’école coranique

 On allait, muni du produit de notre récolte, chez notre marabout qui contrôlait les performances de chacun et ce faisant, félicitait certains ou sanctionnait ceux qui avaient l’écuelle presque vide par un coup de cravache cinglant. Ce travail terminé, chacun prenait sa planchette pour lire sa leçon. Commençait alors un brouhaha assourdissant où chacun voulait élever la voix plus haut que son voisin pour se faire entendre. Le maître arrivait malgré tout ce bruit à déceler la moindre erreur d’un élève, erreur qu’il rectifiait en récitant la sourate avec lui d’une voix forte. S’il s’avérait que l’élève malgré plusieurs répétitions, n’arrivait pas à assimiler, il avait droit aux coups de cravache. Quand le soleil commençait à monter et que ses rayons commençaient à chauffer nos petits dos frêles, on rangeait les planchettes pour aller prendre le petit déjeuner qui se composait le plus souvent des restes du repas de la veille que l’on réchauffait. Les estomacs bien sustentés, on allait au rendez-vous pour glaner du bois mort pour l’éclairage du cours du soir. Là aussi, les fagots rapportés faisaient l’objet d’une compétition tant sur la quantité que sur la qualité du bois. Après le repas de quatorze heures, retour chez le marabout pour encore une séance de récitation. Ceux qui avaient bien mémorisé leur leçon lavaient leur planchette pour une autre leçon. C’est ainsi que les plus doués emmagasinaient rapidement sourate sur sourate tandis que les moins brillants piétinaient. Vers seize heures on rangeait les planchettes et on allait encore demander l’aumône que l’on apportait à la leçon de la nuit. Même scénario que le matin pour le contrôle des performances. En principe le rôle d’allumer le feu et de l’entretenir était dévolu aux grands élèves. Pendant la saison froide, du mois de décembre au mois de février, on devait réserver une partie importante du bois pour la leçon du lendemain car les matinées étaient très froides et nos doigts engourdis pouvaient à peine tenir notre planchette. Aussi, on se bousculait pour être le plus près possible du foyer si bien qu’il arrivait qu’une étincelle brûle le boubou d’un imprudent. Combien d’années j’ai étudié ? Je ne le sais plus. A quel niveau je suis parvenu ? Là également, j’ai oublié. Toutefois, j’ai gardé quelques sourates qui me permettent de faire une prière correcte.

Chapitre II
 L’école française.
 Mon père m’a-t-il inscrit à l’école française volontairement ou forcé ? Je ne le sais pas. La population de l’époque dans sa grande majorité était hostile à l’école française qui était assimilée à la pratique des insoumis donc des mécréants. Toujours est-il que mes frères avant ou après moi n’ont pas été mis à l’école par notre père. Face à ce rejet, l’administration coloniale faisait tout pour intéresser les petits enfants en habillant les petits écoliers de pied en cap quand les autres étaient pieds nus ou habillés de haillons. Elle donnait même un pécule aux orphelins. Je n’ai pas mené de pair l’école française et l’école coranique que j’ai délaissée petit à petit.



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Published by michel-dani alain - dans nancy.aspect.editions
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commentaires

Serge HERBUVAUX 26/01/2009 00:04

Ce document me semble très intéressant et j'attends le lancement de la souscription et la publication avec un grande impatience.