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12 septembre 2007 3 12 /09 /septembre /2007 11:18

Jacques Izoard

Jacques Izoard, Liégeois impatient de “l’avoir” ou “de la voir”, explique dans le détail à quoi ressemble un ancien lavoir, mot préféré à “laverie”, lavoir baroque verni remarqué à Saint-Jacques de Compostelle. Le Lavoir-théâtre d’Epinal, acoustiquement parlant, lui paraît plus accueillant. La proximité de la Moselle le berce, au cours d’une soirée en mars, mois du Printemps des Poètes, il exalte la saveur de certains mots. Dans un lieu  au sec, la voix est cernée par l’ombre et par les reflets de l’eau : on peut y laver ses poèmes d’inspiration liquide. La première séance de lectures publiques consacrées à la poésie qu’il a organisée dès 1972, portait sur un recueil de Pablo Neruda intitulé  Machupicchu. “Mes poèmes, déclare le poète, jamais à court de définitions imagées, sont des poings fermés. Des cailloux roulés par la rivière...”

Après 1979, il cesse de publier la revue Odradek baptisée ainsi en hommage à  Kafka, le créateur d’un animal “ extraordinairement mobile”. L’Odradek  ne se laisse pas attraper : Jacques Izoard, non plus. Après le prix Mallarmé obtenu à Paris pour Nu, dévêtu, libre, réédité en poche  par les éditions Labor(1992), il garde toute sa liberté.

 “J’aime beaucoup le mot corps. C’est volontaire ! Il se  retrouve souvent dans mes oeuvres complètes dont 1e 1er volume paraîtra, avant ma mort, en mai prochain... Ma poésie est parcellaire à l’image du monde parcellisé. Mes poèmes sont loin de demander l’effort de construction des églises médiévales. Ma sensibilité me porte vers ce qui est tactile, objets de ci de là, petits objets, aiguilles, fétus...”

On apprécie un brin, beaucoup, le blagueur intarissable, spécialiste en feintes et en assauts, qui, par provocation, baptise son quarantième recueil Dormir sept ans. Poète, humoriste, il l’est cent pour cent. “Le chiffre satanique 666, maudit dans la Bible, m’a inspiré. Jadis j’avais écrit 666 fois “je te dis que je t’aime”... La langue française, peut-être la plus dense existante, répond à mon amour des mots. Ça m’agace qu’on dise que mes mots ne veulent rien dire. Il y a des sens dessus dessous, des sons, des sens devant derrière.”

Pour ce “régent littéraire”, écrire c’est travailler. Pourtant il se dit d’une nature paresseuse. Cet improvisateur, convaincu sans malices de ses moyens, prétend ne pas retravailler ses poèmes : ils vont par paires, ramassent ce qui le retient sur  terre. Pourtant il sait ce que sont biffures et ratures. En réalité, chaque soir, il s’oblige à terminer deux poèmes avant de se coucher. Plus de 4000 poèmes conçus ainsi depuis plus de quarante ans sont, à n’en pas douter, de la main d’un poète pléthorique. Un grand rhétoricien certes, et à coup sûr un des grands poètes vivants malgré les roucoulements (Rrou! Rrou!) des pigeons devant sa fenêtre. Le plus discret contre le vacarme croissant de la voie ferrée. Dans l’environnement sauvage d’aujourd’hui,  il est un homme généreux. La poésie le laissera mal réveillé, toujours stupéfait.

“Le chiffre satanique 666, maudit dans la Bible, m’a inspiré. Jadis j’avais écrit 666 fois “je te dis que je t’aime”...

 




Biographie

 
Né le 29 mai 1936 à Liège, Jacques Delmotte écrit ses premiers poèmes à 16 ans pour la revue « Contacts » de l’établissement où il poursuit ses études, l’Athénée royale de Liège.

Professeur à partir de 1958, il édite en 1992 son premier recueil « Ce manteau de pauvreté » sous le pseudonyme de Jacques Izoard.

Fondateur de la revue ODRADEK, il est l’inspirateur de « l’école belge », anime de 1979 à 1994 l’atelier du « Cirque divers » de Liège et devient secrétaire des Biennales Internationales de Poésie de Liège. Il séjourne aussi à la Villa Médicis de Rome.

Son œuvre, passionnante, est importante puisqu’elle compte plus de 50 recueils : elle fait l’objet, en 2006, d’une réédition complète. La poésie de Jacques Izoard est « une féerie de mystère, un enchantement de l’irrationnel.» (Robert Sabatier)

 

 Bibliographie

 

Ce manteau de pauvreté - poèmes et autres récits, poésie, Éd. de l'Essai, Liège, 1962, coll. Essai-Poésie. Préface de Paul Gilson.

 

-          Les sources de feu brûlent le feu contraire, poésie, Société des Écrivains, Bruxelles, 1964. Dessin d'Ossip Zadkine

- Aveuglément Orphée, poésie, Guy Chambelland, Paris, 1967. Dessin de Léonor Fini.

- Des lierres, des neiges, des chats, poésie, Henry Fagne, Bruxelles, 1968. Dessin de Robert Varlez.

- Un chemin de sel pur (suivi de) Aveuglément Orphée, poésie, Guy Chambelland, Paris, 1969. Lithographie de Léonor Fini.

- Le papier, l'aveugle, poésie, Éd. de l'Essai, Liège, 1970.

- Voix, vêtements, saccages, Bernard Grasset, Paris, 1971.

- Des laitiers, des scélérats, poésie, Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1971, coll. G.C. (Guy Chambelland).

- Six poèmes, poésie, Tête de Houille, Liège, 1972. Gravure de Robert Varlez.

- La maison des cent dormeurs, Gaston Puel, Paris, 1973. Gravures et maquette de Staritsky.

- La patrie empaillée, poésie,  Bernard Grasset, Paris, 1973.

- Bègue, bogue, borgne, poésie, Éd. de la revue Donner à voir, Waremme, 1974. Couverture avec dessin de Robert Varlez. Rééd. Atelier de l'Agneau, St-Quentin-de-Caplong, France, 1974, 1999, 2000, 2006.

- Le poing près du cœur, dans Verticales 12, n° 21-22, Decazeville, 1974.

- Poèmes, poésie, Louis Dubost, Saint-Gengoux-le-National, 1974, coll. Fond de tiroir.

- La maison dans le doigt, dans Cahiers de Roture, n° 4, Liège, 1974.

- Rue obscure, avec Eugène Savitzkaya, Atelier de l'Agneau, St-Quentin-de-Caplong, France, 1974.

- Poulpes, papiers, poésie, Commune Mesure, Paris, 1975. Gravure de Jean Coulon.

- Le corps caressé, poésie, Commune Mesure, Paris, 1976. Gravure de Jean Coulon.

- La chambre d'Iris, poésie, Fond de la Ville, Awan-Aywaille, 1976.

- Andrée Chedid, essai, Pierre Seghers, Paris, 1977, coll. Poètes d'aujourd'hui. Rééd. 2004.

- Vêtu, dévêtu, libre, poésie, Pierre Belfond, Paris, 1978. Prix de l'Académie Mallarmé, 1979.

- Avec la rouille et les crocs du renard, dans Douze poètes sans impatience, Luneau-Ascot, Paris, 1979.

- Enclos de nuit, poésie, Origine, Senningerberg (Grand-Duché de Lux-embourg),  1980.

- Langue, poésie, Cahiers du Pré Nian, Nantes, 1980. Sérigraphies de Herman, Bracaval, Boulay.

- Petites merveilles, poings levés, poésie, Atelier de l'Agneau, St-Quentin-de-Caplong, France, 1980. Photos.

- Frappé de cécité dans sa cité ardente, poésie, Atelier la Soif étanche, Liège, 1980. Illustrations de Lucien Massaert.

- Le corps et l'image, poésie, "Aux dépens de l'artiste", Liège, 1980. Eaux-fortes de Jean Luc Herman.

- Plaisirs solitaires, avec Eugène Savitzkaya, Atelier de l'Agneau, St-Quentin-de-Caplong, France, 1981.

- Axe de l'œil, poésie, Atelier de l'Agneau, St-Quentin-de-Caplong, France, 1982. Dessins de Martin Vaughn-James.

- Pavois du bleu,  Le Verbe et l'Empreinte, Saint-Laurent-du-Pont (Isère), 1983. Huit dessins à l'encre de Chine de Marc Pessin.

- Voyage sous la peau, Pré Nian, Nantes, 1983. Gravures de Bracaval.

- M'avait-il dit, dans La Lettre inter-nationale, n° 16, printemps 1988.

- Sommeil d'encre, M25 productions, Ougrée, 1988. Illustration de couverture de Robert Varlez.

- Corps, maisons, tumultes, Belfond, Paris, 1990.

- Ourthe sourde, S.L., Myrddin, Brive, 1991.

- Poèmes, avec Andrée Chédid, Ville d'Épinal, Épinal, 1991.

- Ce que le sable efface, avec La traversée des temps d'Andrée Chedid, Ecole de l'Image, Epinal, 1991.

- La patrie empaillée suivi de Vêtu, dévêtu, libre, Ed. Labor, coll. Espace Nord, 1992. Préface de Francis Edeline, lecture de Daniel Laroche.

- Vendettas et tempêtes, Myrddin, Brive, 1994.

- Sulphur, Banff (Canada), Odradek, 1994.

- Traquenards, corps perdus, Le Taillis Pré, Châtelineau, 1996.

- Entre l'air et l'air, Mont Analogue, Charleville, 1997, coll. Etat des Lieux.

- Carnaval d'hurluberlus, d'après les oeuvres du peintre Robert Ketelslgers, Labor, Bruxelles, 1997.

- Le corps dans le corps, L'air de l'eau, Brive, 1997.

- Rue sous-l'eau, Tétras Lyre, Liège, 1997. Illustrations d'André Stas.

- Corps à couleurs, "Aux dépens de l'artiste", Luis Salazar et Jacques Izoard, Liège, 1998.

- Le bleu et la poussière, Ed. de la Différence, Paris, 1998, coll. Clepsydre. Prix Alain Bosquet, 1999; Prix triennal de Poésie, 2001.

- Du temps où le temps n'existait pas, Ed. Pittoresques, Bruxelles, 1999. Sérigraphies de Roger Dewint.

- Hocheporte, Ed. de la Séranne, Paris, 1999. Monochromes de Jean-Luc Herman.

- Inouïe nuit, Ed. de la Pierre d'alun, Bruxelles, 2000. Dessins de Roger Dewint.

- Pièges d'air, Ed. Le Fram, Liège, 2000. Dessins de Selçuk Mutlu.

- Manuel de dessin, Ed. Textra, Theux, 2001. Linogravures de Kiki Crèvecoeur et

2001. Linogravures de Kiki Crèvecoeur et Michel Barzin.

- Dormir sept ans, Ed. de la Différence, Paris, 2001, coll. Clepsydre. Avec six portraits à la plume par Selçuk Mutlu.

- Vin rouge au poing, Ed. L'Arbre à Paroles, Amay, 2001, coll. L'Orange bleue, avec des collages d'Odette Blavier.

- Tout mot tu, tout est dit suivi de Traquenards, corps perdus, Le Taillis-Pré, 2004.

- Propos sur les albums Nuits du peintre Jean Hick et du poète François Jacquemin, Espace Wallonie, 2004. En collaboration avec Eugène Savitzkaya et Marc Renwart.

- Petits crapauds du temps qui passe, Atelier de l'Agneau, St-Quentin-de-Caplong, France, 2006. En coll. avec  Michel Valprémy.

Jacques Izoard

 

 

 

 

Retrouvez Jacques Izoard et d'autres poètes du "Francomonde" dans Carnavalesques 2006 et Carnavalesques 2007
Editions ASPECT-60 rue du cardinal Mathieu -54000 -NANCY
et
editions.aspect@gmail.com



 


 

 

 

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Published by michel-dani alain - dans nancy.aspect.editions
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commentaires

LIGNON 30/09/2010 21:02



Bonjour


Co auteur d'un petit livret sur
Brissac 34 où j'habite et où a vécu Mr Guy Boulay je souhaiterais ses coordonnées mail pour lui donner l'info et le fichier joint


Merci de votre amabilité,
compréhension et "coup de main "


Cordialement 


Alain LIGNON



Nicolas 19/07/2008 20:32

Jacques Izoard est décédé ce matin et c'est une bien triste nouvelle.

michel-dani alain 11/08/2008 19:01


bonjour, nous avons connu  Jacques Izoard pendant l'une de ses visites à NANCY ET EPINAL, rencontres que nous organisons en partenariat, dont la première "Echappée belge" il y a mainteant une
dizaine d'années grâce à Jean Pierre Verheggen. Nous avons apprécié sa gentillesse et ce contact particulier qu'il avait, ses anecdotes nombreuses et qu'il racontait avec tant d'humour; et bien
entendu, la qualité de ses textes, son  savoir-faire d'artisan et en même temps sa profonde sincérité : un artiste.
Il faut l'avoir vu, dans une sorte de "one man show " d'équilibriste, faire son numéro de charme et de poète face à deux lycéennes d'Epinal : un morceau d'anthologie!
Merci pour tout cela à Jacques Izoard
jmichel Marche pour les Amis de la Poésie et les éditions ASPECT