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1 novembre 2007 4 01 /11 /novembre /2007 23:44

Jean-Luc  Raharimanana

Jean-Luc Raharimanana est né le 26 juin 1967 à Antananarivo, la capitale de Madagascar, où il réside jusqu'à l'âge de 22 ans. Inscrit en Lettres à l'Université d'Antananarivo, il obtient une Licence en 1989. La même année, il travaille avec la troupe de théâtre de Christiane Ramanantsoa, à l'Alliance Française, sur la mise en scène de sa pièce Le prophète et le président, interdite  de représentation.

À Paris il poursuit ses études tout d'abord à la Sorbonne et ensuite à l'INALCO (Institut des langues orientales) où il obtient un DEA en Littératures et Civilisations.

Il se tourne par la suite vers le professorat : il enseigne le français dans la région parisienne (Seine-Saint-Denis), collabore à de multiples manifestations littéraires, pédagogiques et journalistiques qui révèlent toute la dimension du rôle de l'écrivain engagé.

En 2002, Jean-Luc Raharimanana quitte son métier d'enseignant pour défendre son père, professeur d'Histoire à l'Université d'Antananarivo. Depuis, alternant nouvelles, théâtre et romans, il parcourt les chemins sinueux et pluriels de la mémoire afin de «transcrire, tout transcrire ».

La poésie ?

« Mais j’ai peur de revenir au poème. C’est plus difficile, il faut aller au delà  des choses et je crains de découvrir quelque chose que je n’aimerais pas"

PACIFICATION - extrait–


 


 



                                              -Toi aussi Paola, tu m’avais dit que tu serais mon soleil, que je brillerais dans ta lumière. Regarde maintenant, je n’ai même pas d’orgueil.

                                              Les étoiles écrasées, Pius Ngandu Nkashama

 

 

"

Vois-tu mon frère…

 

Il ne nous reste plus qu’à revenir aux splendeurs de la colonisation. Au temps de la pacification et des poses des rails.

 

Cet homme s’est réfugié en France, il a des faux papiers, des faux diplômes. Il exerce dans l’un des plus grands hôpitaux de Paris. Il opère. Il soigne. Mais je vais te dire. Il était au Zaïre. Il tuait. Il dépeçait ses victimes. Il riait. Il était là devant moi. Il me forçait à tout regarder. Je prends des cours disait-il ! Il découpait le foie et me le jetait aux pieds. Il découpait le cœur, le tenait dans ses mains. Il murmurait : « Regarde ! Il bat encore ! » Il riait. Tu ne peux pas savoir à quel point ses rires me transperçaient plus que la lame qu’il avait en main, un bistouri qu’il avait pris à l’une de ses victimes, un médecin, un chirurgien. J’ai vu mais pourrai-je raconter ? Toi-même, me croiras-tu ? Me crois-tu ? M’as-tu jamais cru ?

 

Il ne nous reste plus qu’à rêvasser sur les splendeurs de la colonisation. Au temps de la pacification et des poses des rails. La civilisation en marche. Resplendissantes lumières d’un vieux continent sur nos terres incultes et vacantes. Les hautes herbes de la brousse valent-elles les gerbes ployant sous les graines d’or du labeur et du travail ?

"


                                                          ******

Article critique - Alain Gnemmi

En 2002,  Jean-Luc Raharimanana, alors en France, rentre à Antananarivo pour défendre son père victime du pouvoir politique et torturé. Pamphlétaire lancé dans une tâche d’historien des collines de Madagascar, fidèle à la démarche paternelle qui s’était focalisée sur l’histoire des royaumes prestigieux,  il a restitué, dans Nour, les valeurs malgaches éradiquées dès l’arrivée coloniale française en 1895   En outre, Jean-Luc Raharimanana n’a eu de cesse de lutter contre les hiérarchies arbitraires et racistes entretenues au cours de la colonisation séculaire. Il se bat en faveur de la réhabilitation des Sakalaves dont il est originaire par son père - sakalaves, tenus pour africains anthropophages, idolâtres de “L’arbre anthropophage” *., selon la légende
    Jean-Luc Rahaminanana s’est d’abord consacré au théâtre, et au métier de journaliste avant la publication de Lucarnes en 1996, sept ans après son arrivée en France. Ce premier recueil morbide, rageur, sécrétant humeurs et excréments du désespoir contient douze nouvelles au style fougueux. Douze voix haletantes, semblables à un rut,  à un supplice sadique, à une course sanglante dans un décor urbain de pluie et de crasse nocturnes. Lucarnes présente une véritable unité, celle des loqueteux unis par la haine de la classe riche, correspond à ce que Raharimanana souhaitait dès l’enfance : “J’avais l’esprit de volumes, pas de poèmes épars”.
   La peur y crée une atmosphère fantastique à la limite du vraisemblable. Dans "Reptile", le narrateur est obligé sous la menace des militaires de creuser, creuser... L'obligation démente de fouiner, rappel d'un récit de Kafka "le terrier", l'amène à pénétrer dans les entrailles d'un boa : "je rampe au coeur de la bête et quitte mon corps, quitte le bois". Les récits en narration interne accroissent le malaise par le voyeurisme obligatoire et l’encouragement à la pire des solutions, la moindre étant l'espoir de muer, d'accoucher hors du monde  : “ Tue ! tue ! Que toutes les femmes  hurlent pour extraire la vie hors de leur ventre” Leur concision, leur rythme et les rapprochements imagés en font de véritables poèmes en prose, dans la veine de Mabanckou ou de certains nouvellistes nigérians.
    Les textes de Rêves sous le linceul (1994) poussent la surenchère déshumanisante à son comble. Jean-Luc Raharimanana donne dans le grand-guignol à partir du génocide toujours controversé du Rwanda, sujet délicat entre Tutsi et diplomates français. Si on s’en tient au thème d'ensemble de ce bref ouvrage, l'auteur met en scène un bourgeois dans son canapé digérant des images répugnantes à renfort de comprimés d'aspirine: membres féminins déchiquetés,  invasion de mouches " qui fouillent dans la coupe de la tête, qui ressortent par les trous de nez...".  Un texte "des peuples" intériorise la répugnance hypocrite pour les charniers de nègres amputés. Mais plusieurs pages dépassent l'horreur et l'anesthésient dans une espèce de poétique sublime : "Je brassais l'écume des vagueS et la présentais au soleil." Jean-Luc Raharimanana a l'art de flotter entre les volutes inhalées où se confondent l'abject et la délicatesse épistolaire adressée à une femme aimée. Les références meurtrières à 1947 "Fahavaloo", toujours obsédantes, précèdent des phrases capables de faire vibrer l'imagination : "Je rampai vers l'horizon... D'ici, m'étais-je dit, je verrai tout venir..."
    L’engagement politique vital de sa démarche - véritable plaie vive, malgré une croûte fragile, à cicatrisation lente - contre les injustices sociales, possède une violence incroyable  jetée  crûment au visage du lecteur : c’est peut-être ce que l’auteur nomme “le viol des douceurs”. L’accuser de complaisance est malvenu quand on connaît la défense vigoureuse en sa faveur des auteurs tels Nimrod et Abdourahman Waberi. Jean-Luc Raharimanana admet, non sans ambiguïté : “ Mais j’ai peur de revenir au poème. C’est plus difficile, il faut aller au fond des choses et je crains de découvrir quelque chose que je n’aimerais pas.” **

 Raharimanaba semble condamné à l'exploration des mondes intérieurs grouillant de créatures proches de celles de Jérôme Bosch ou de Goya. Sa lecture ne concerne pas que les amateurs de sensations fortes.

 

·          titre de son roman paru …

·          **( extrait de l'article de Pierre Maury, juillet 1999)

                                                               ******

Jean-Luc Raharimanana nous a confié un très beau texte "PACIFICATION" paru dans CARNAVALESQUES, la revue 2007, dont vous avez lu un court extrait.

 

Retrouvez Jean Luc Raharimanana  et d'autres poètes du "Francomonde" dans Carnavalesques 2006 et Carnavalesques 2007
Editions ASPECT-60 rue du cardinal Mathieu -54000 -NANCY
et
editions.aspect@gmail.com


Pour écouter les émissions "Aujourd'hui la poésie", choisissez le lien"RADIO DECLIC" puis "émissions"  puis aujourd'hui la poésie"
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Published by michel-dani alain - dans nancy.aspect.editions
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