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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 17:43

mabanckou-affiche-nancy.JPG

 

N'allez pas imaginer qu'Alain Mabanckou se soit transformé, pour sa venue à Nancy dans le cadre de cette salle du XVIIIème siècle, en chanteur lyrique.

Costume bleu anthracite à carreaux, casquette assortie, c'est pourtant un authentique Sapeur – donc une vedette – qui fit son entrée dans la salle du Grand Théâtre , sous les applaudissements d'une assistance nombreuse, et ce malgré un temps à ne pas mettre un chien - fût-il lorrain – dehors.

Rideau rouge et grand écran, ors et moulures du siècle des Lumières, c'est pourtant en toute simplicité que cette rencontre d'un écrivain et son public fut menée avec élégance et efficacité par Françoise Rossinot.

Echanges autour de l'enfance de Mabanckou – Michel, dans son dernier roman «  Demain j'aurai 20 ans » -, menée sans temps mort ni répétitions, comme on en voit tant, quand l'auteur, bien rôdé sur son discours, le répète de radios en télés, à quelques mots près. Je l'avais craint. Françoise Rossinot sut l'éviter.

Il semble facile d'interroger un tel personnage : Alain Mabanckou est prolixe, sinon bavard – le mot est trop fort car le contenu est toujours intéressant – et l'impression pourrait être celle d'un monologue. Mais ce n'est pas le cas : car il faut savoir canalyser la faconde, maîtriser les digressions, amener l'écrivain sur une autre thématique, ce que Françoise Rossinot fait parfaitement.

 

Ainsi de la situation familiale, particulière au « Petit Congo », celle d'un fils unique ; de l'éducation, un modèle du soviétisme des années 70, avec répétitions des discours du leader, et interrogations d'extraits de Marx appris par coeur ; de cette connaissance des langues, dont la facilité d'assimilation s'explique par l'apprentissage, tout jeune, des multiples langues locales ; de cet enracinement dans l'écriture française – écrivain franco-congolais (ou inversement), adjectif qu'il préfère fort justement à « francophone ».

 

D'une chevauchée littéraire sur trois continents – Afrique, Europe et Amérique* -, Alain Mabanckou explique son humanisme né des découvertes des écrivains des Lumières, mais aussi de la fréquentation de la bibliothèque du Centre Culturel Français de (dans l'ordre alphabétique !), de la lecture des livres apportés de l'hôtel où il travaillait par son père (ah, San Antonio !).

 

Des anecdotes s'inscrivent dans l'échange : premiers poèmes d'amour - de la simple copie au plagiat , tout fait ventre -; souvenirs de l'enfant comblé de jouets ; premiers ouvrages édités et très vite, reconnus par des prix littéraires...

 

Moments d'émotion enfin : souvenir de sa mère, jamais revue depuis son départ pour la France et décédée depuis ; retour vers « l'enfant qui avait perdu la clé » qu'il était, à la fois chéri et maléfique, lui qui, d'après le sorcier local, détenait « la clé du ventre de sa mère »qui ne pu jamais avoir d'autre enfant.

 

Le temps passe vite en belle compagnie : on peut regretter que la rencontre ne conduise pas à des échanges avec le public.

Curieux, j'aurais aimé qu'il explique le lapsus « malheureux/heureux » qui concluait un discours sur l'éducation communiste de l'enfant et de l'adolescent qu'il fut. Mais peut-être s'en est il expliqué lorsque Françoise Rossinot l'a interrogé sur la situation actuelle de son pays. Il a regretté que la scolarisation soit passée de plus de 95% vers 1970 à moins de 30 % de nos jours ; regretté encore les conditions et des niveaux de la scolarité actuelle ; et plus que tout il a dénoncé l'insécurité des enfants – plus encore que leur niveau de vie – qui fait d'eux les proies – à la fois victimes et bras armés – des prédateurs de l'Afrique actuelle.

 

Pour conclure qu'étant enfant il avait eu une belle vie, entourée de beaucoup d'amour et d'attention.

 

Vous retrouverez la faconde et l'invention langagière d'Alain Mabanckou dans son dernier roman (à peine un roman, c'est un roman parce que j'ai ajusté, composé les événements explique-t-il)

                                                                   " Demain, j'aurai 20 ans"

 Nous aussi !

 

 

* pourquoi faut-il encore utiliser« Amérique » ou « américain » quand on ne parle que des Etats-Unis d'Amérique : les substantifs et adjectifs existent, sont dans le dictionnaire de l'Académie Française : Etatsunien et etatsunien 

 

                                                                               ******* 

Demain, j'aurai 20 ans, d'Alain Mabanckou , éditions Gallimard, collection blanche

 

 

 

 

la rencontre en video sur le site « Le Livre sur la Place » NANCY

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Published by michel-dani alain - dans nancy.aspect.editions
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