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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 20:45

Un article de lecture-critique dans le cadre des émissions  "Aujourd'hui la poésie" sur Radio-déclic : thhème "Poètes américaines le langue française" commencé en octobre 2011.

Les bio et biblio-gaphies sont à la suite du commentaire

                                                        **** 

Mon cœur est une mangrove

Assunta Renau Ferrer Ibis rouge éditions

Peu soucieuse des images, des analogies alambiquées, la poésie d’Assunta Renau Ferrer (née au Brésil en 1959, installée en Guyane) retient les couleurs et mythologies locales, et surtout les rythmes soulignés par l’enjambement. Elle célèbre la Guyane.

«  Nous naquîmes tous sous un coup de fouet du destin, ici où là : nuits, jours et soleil. Nous sommes tous d’un esclavage, d’une contrée perdue, d’une mère lointaine. » 

Elle est bien différente d’une poésie introvertie, prend son élan au contact des paysages ancestraux, à l’imparfait (nostalgie) ; fortement tournée vers les enfants, elle laisse l’imagination vaguer et rebondir – à travers les sentiers de Montravel, et l’île Portal, prolongeant St Laurent du Maroni -.

 

« Mais ton cœur est une mangrove

Où le temps a laissé

Siffler une brise sauvage,

Que rien encore ne pouvait réchauffer … « 

 

Refrain dans une des six sections, donnant son titre au recueil.

 

La Guyane connaît le chômage dans une France en récession. Aussi le recueil d’Assunta Renau Ferrer, publié pourtant en 1996, apporte-t-il un chant vivifiant, rappel de la traite et de la misère tropicales (« Manuel »). Atmosphère colorée malgré les traumatismes du Code noir, du marronnage et de la colonisation. « Au nom des nôtres » marque l’attachement à des valeurs de plus en plus oubliées en métropole. Optimisme, sérénité et réconciliation avec ses aïeux.

  La Guyane a donné de grands poètes comme Elie Stephenson, Serge Patient, et à des romanciers Bertene Juminer. Elle a ses historiens (Albert Londres), ses conteurs sortis du bagne (Papillon). Avec Lyne Marie Stanley, elle a ses poètes femmes.

         Assunta Renau Ferrer emploie à juste raison le vocabulaire créole, la toponymie dans « Malgré », « Fourgassier » - avec ses chutes d’eau -. La difficulté d’écrire se résout dans la promesse, « Pour vous, je veux aller crier / Entre soleil et vérité, / Si vos enfants aux ombres mortes / Doivent déjà fermer leurs portes ». En effet, il est impossible de penser le présent – ce que les journaux appellent « l’actualité «  - sans des repères dans le patrimoine et sans envisager de transmettre ce patrimoine aux générations à venir. La transmission est obligatoire, et les fondamentaux sont indispensables, dans la culture numérique en progression devant laquelle aucun de nous ne peut fermer les yeux. Chacun a son mail, la Guyane entre l’Amazonie et la Guyane anglophone est un département isolé dans un continent où la francophonie fait pâle figure malgré la résistance de quelques éditeurs, 

L’ibis rouge est un symbole, davantage que le carnaval faisant partie du folklore  dans les Antilles :

 

 

«  Mais un vol rouge d’Ibis

Emportera très loin

Les pleurs de mes yeux désarmés. »

 

 

Assunta Renau Ferrer répète le mot « Liberté » « , nous dit la tristesse - la somnolence - dominicales de Cayenne («  Les dimanches fades où rien ne se passe »), la lumière blafarde de la lune, les eaux du fleuve en aval de l’Amazone, la confiance de beaucoup dans la poésie et dans la jeunesse.

 

Elle emploie l’apologue, l’hymne, l’apostrophe, tous les procédés oratoires pour exprimer la richesse évocatoire des mots, la puissance créatrice des écrivains :

 

« Les poètes sont des vagabonds

Qui errent de chimère en chimère

A la recherche d’un toujours

Qui ne cesse de s’enfuir. »

 

Alain Gnemmi

 

 

                                                                   *****

Née le 14 août 1959 à Oiapoqué sur la rive brésilienne de l'Oyapock, Assunta Renau Ferrer est arrivée en Guyane en 1964.
Elle y a alors fait toutes ses études jusqu'à l'obtention du diplôme d'institutrice à l'Ecole normale de Cayenne.
Elle a remporté le premier prix, le 5 mai 1993, à la première Dictée Créole
Ses premiers poèmes ont été publiés dans la revue La Torche à Cayenne, et dans les Cahiers de l'Adour, à Bayonne.
Mais il fallait attendre 1985 pour voir la publication de son premier recueil de Jeux de maux, auto-édité.
Conseillère Pédagogique spécialisée dans les Langues et Cultures Régionales, conteuse et poète, c'est "la femme à tout savoir" de la culture créole ; elle participe à plusieurs manifestations sur les contes ainsi qu'à plusieurs émissions culturelles tant radio que télé..
Elle a également publié des contes dans l'ouvrage collectif Krik Krak chez Magnard-Servedit.
Assunta conte en créole guyanais, des contes issus de la tradition orale ou adaptés d'autres traditions. Pour elle, conter, c'est comme regarder notre passé tout en donnant la main de bon coeur aujourd'hui à tous ceux qui veulent défendre notre patrimoine. "L'engagement que nous avons, conteuses et conteurs, ressemble à nos grands fleuves qui toujours se vident vers la mer, mais ne cessent de se refaire à leur source".
Elle a conté plusieurs fois avec Krakémantò et participé aux deux premiers festivals de Kamalakuli Mato (1998 1999 et 2003)

 

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Published by michel-dani alain
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