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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 14:08

 

Avant le silence des forêts
 Lilyane Beauquel, collection blanche Gallimard Editions
    
 
   
Elle est photogénique et drôle. Elle travaille à l’IUFM de Nancy–Lorraine où Jean Michel a imprimé sa silhouette. Son miracle  a commencé avec Erich Maria Remarque, et les « petits jeunes gens » allemands, Henri Barbusse et Le feu. Son père est un ancien combattant de la Seconde guerre.
 
 


Début : « La pluie est la loi du monde et je suis, avec tous, cette pierre du fond des rivières, dans la boue, et je glisse, et glissent encore plus bas les camarades chargés du barda. »


Fin : « J’aurais voulu écrire ces derniers mots. Ils sont démantelés.
   Mais quoi, est-ce la fin ? »
 
      
    
La prose poétique de ce roman le rend très agréable et demande à être appréciée à plusieurs reprises. Comme on aime la saveur de la mirabelle, et qu’on veut la retrouver dans une bière, un vin, un bonbon, une madeleine… Peut-être bientôt, dans un camembert, dans la sauce d’un canard ou d’un gigot d’agneau. Un livre à découvrir dans une clairière, au bord d’un étang, près d’une écluse, sur le bord d’une autoroute. Et rappelant parfois les poèmes de Wilfrid Owen traduit par Emmanuel Malherbet - et, bien évidemment, Guillaume Apollinaire dans les poèmes et lettres à Lou. On peut feuilleter Avant le silence des forêts sur une aire de repos, avant un itinéraire dans la Meuse, en passant d’un cimetière à un autre, Belge, Lorrain, un cimetière américain – en se rendant par exemple à Charleville, dans les Ardennes ou en Suisse.
   
    Il y a du Julien Gracq dans
Avant le silence de la forêt, du Maurice Genevois, du Gabriel Chevallier (La peur éditions le dilettante)… On pense pour le cinéma à Pabst et aux Quatre de l’infanterie, à Lewis Milestone… On est gagné par une rêverie hors du temps, attentif au détail d’une langue raffinée qui a vraiment prise sur nous :

    
« Un soldat joue de la flûte. Le petit air populaire dégringole sur nous et fait chanter des rengaines bavaroises, il raconte le jouet que nous mettions au coin pour le punir … Nous attendons, jamais l’ordre d’attaquer n’est donné. »
 
 
    L’absurdité de la Première guerre mondiale est rapportée à travers les notes de Simon, parmi quatre jeunes bavarois de son village.  Elle contraste avec la richesse des impressions et de l’écriture attachée à des images inattendues.
 
   Lilyane Bauquel donne un premier roman remarquable. On est loin de l’individualiste Bardamu sur le champ de bataille donnant des pages inoubliables. La vision des tranchées est proprement réinventée, originale.
 
   Le roman est plein de références discrètes à la littérature. Ou plus globalement à l’imaginaire de guerre amassé depuis un siècle que la Première Guerre mondiale est terminée.
    
   « La cruche » évoque le théâtre aux armées, comme dans le film  
Le caporal épinglé de Jean Renoir.


  Qu’on s’arrête sur le passage intitulé  « maison », le pillage dans les fermes entretient un vague rapport  - certes subjectif - avec certains contes normands de Maupassant, Boule de suif, par exemple, et plus encore avec «Mademoiselle Fifi », une nouvelle qu’on étudie souvent au lycée. Mais, plutôt qu’à une narration romanesque, ces fragments soudés par le point de vue d’un soldat en peine d’employer le « je » individuel forment un journal intime, un carnet de bord d’une recrue de vingt ans qui partage avec les autres soldats, Allemands ou Français, un sentiment indivis de l’amitié, un amour pour Anke et toutes les jeunes filles rencontrées dans les bals du village. On peut parler de chœur, de polyphonie, tant la voix de Simon est traversée par les «émotions » - le mot est faible – de Otto, Heinrich et Nathan. Des enfants intérieurement, et qui refusent les horreurs vécues au quotidien dans les tranchées, dans cette drôle de guerre où ils peuvent être aussi assaillis par des appétits guerriers, la cruauté ou la fragilité des victimes.
   
 
« Nous sifflons des airs de clown, nous faisons du tapage en enlevant les morts puis tour s’apaise. »

 
   Le livre  qui finit par la mort de Simon et de son chien est paradoxalement un hymne à la vie. On ne pourra pas les réveiller tous les deux, ils dorment comme le dormeur du val de Rimbaud

 
   Il serait présomptueux de résumer ce livre, et au lecteur de retarder le plaisir d’y entrer en attendant sa publication  éventuelle en livre de poche.  

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Published by michel-dani alain
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