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29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 23:56

 

Shemin maniok shemin galé
 Carpanin Marimoutou, éditions K’A 2009

Recueil en créole et en français,
Shemin maniok shemin galé brasse tous les registres, de l’anecdote transcrite au hasard d’une homophonie relevée – compter et conter, « survivre en comptant » -, au poème court, au poème en prose. Carpanin Marimoutou figure en tête de  liste de la poésie réunionnaise contemporaine. –Les chemins empruntés signifient qu’un pays remue et vit, même tombé dans l’oubli de ceux qui naviguèrent sur les mers, échoués sur son rivage. L’île se maintient en dépit de et grâce à « l’apport océan ». : l’esclavage et les tueries du commerce maritime. Les traces laissées par les hommes sont conservées port leur permettre de se rencontrer– ce sont des chemins de mémoire pour nourrir le présent en repoussant les pleurs et les regrets de ce qui est advenu contre quoi aucune protestation n’est possible. De même que dans son parcours personnel, aucun individu ne peut rebrousser chemin, revenir aux blessures de son enfance. Les ancêtres demeurent présents, le patrimoine vivant, en ce qu’ils enseignent à maîtriser la peine par le chant et le danse « comme devaient sans doute le faire les ancêtres des tribus malgaches, africaine,s indiennes, et de tous les mondes du monde de ton monde ».


La dénégation de l’isolement insulaire se transforme en potentiel d’énergie et en soubresauts de fierté à l’évocation du site familial, avec son modelé volcanique – montagne – piton - cirque –son ancienneté géo-morphologique datant de l’époque où la terre s’engendrait dans une maïeutique qui reste à découvrir. Certes les commérages locaux – la transmission orale des faire-part nécrologiques -  finissent par agacer et donner la claustrophobie, mais raconter quelque chose avec art, s’épancher dans des histoires n’est-ce pas une façon de survivre dont la portée est universelle ? : les voisins négocient  leurs succédanés des contes des Mille et une nuits, et sont des « Schéhérazades » à leur façon, animés par des motifs moins nobles de voisinage, plus mesquins, par plaisir d’échanger des histoires sans se préoccuper d’appauvrir en fait ce qu’a de légitime le besoin de narrer et de faire entendre leurs voix.
-« Faire des histoires » devrait rester cependant l’apanage de l’écrivain et du poète, comme aurait déclaré «
un grand poète (toujours de l’autre côté de la mer, mais le vrai autre côté cette fois… » ? On voit comment, par quel mimétisme, l’écrivain contrefait avec habileté les rouages de l’esprit provincial de son département – pays -  avec lequel il vit en osmose,  une véritable passoire de « latifadés - en s’en accommodant et en le rendant productif de sens et d’humeurs – de plus amples rumeurs - vagabondes. En effet, le pays finit, excepté « les ponts – ils sont nombreux ici –», par ne plus se ressembler à cause des structures en béton et des grands projets immobiliers plaçant la Réunion au premier rang des destinations de voyage très prisées des continentaux : « nous descendons de l’écume jusqu’aux galets de l’embouchure qui nous écorchent les genoux ». L’ile monte au cours des enchères d’une partie de cartes jouée par les traders de la finance mondiale qui liquident la planète au bluff, au détriment du bien vivre et des nostalgies pacifiées – sous sédatif 3 D - de l’enfance.  L’île devrait plutôt subsister en tant que mode de rencontre avec ses traditions endémiques et ses séquelles de l’Océan Indien au lieu de tenir lieu de camping abrutissant  - tout terrain – et de veillées devant des écrans d’ordinateur où la dépouiller, par la magie d’une touche qu’on enfonce, de sa joie factice proposée sous fourme de dépliants touristiques («  surf, voile, parapente, rallyes… et l’exquise politesse des grands domaines »). Elle appartient  surtout à ces écumeurs de bar pérorant, en tenue négligée, accoudés au comptoir, éclaireurs d’aventures fabuleuses, grandiloquents aussi longtemps qu’ils sont soûls. Auprès d’eux,  Carpanin Marimoutou  renaît aux veillées arrosées de son enfance - à l‘apprentissage des « pas sautillants  des guerriers et des dieux sur le sol battu ». Les excursions d’autrefois le conduisaient en bonne compagnie, dès l’aube, au bord de la rivière à traverser avant de revenir et descendre d’étroits escaliers  : pèlerinage accompli sur la falaise qui était « une espèce de repos » avant qu’elle ne disparaisse sous les éboulis « Les pierrées et l’eau ont rebondi sur le soleil qui s’en est noirci./ Depuis j’efface les taches avec les chiffons que me prête la vie « . L’auteur n’en dit pas plus,. La sentimentalité est retenue comme elle l’est tout au long du recueil, en particulier dans un des deux poèmes publiés dans Carnavalesques 4 Océan Indien, « Vous disiez qu’il ne fallait pas nommer ce pays ».

 

 

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Published by michel-dani alain - dans lecture-critique
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