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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 14:18

 

La sortie prochaine de CARNAVALESQUES 4 spécial "Îles de l'Océan indien" est peut être l'occasion de découvrir Khal Torabully, poète mauricien, dont le parcours personnel et d'écrivain est particulièrement intéressant.

Voici la lecture-critique que nous proposions dans la revue-anthologique CARNAVALESQUES 2006, (première du nom), dans cette première "découverte de écritures contemporaines "du français à travers le monde.



"

 

Khal Torabully voit dans son prédécesseur mauricien, Malcolm de Chazal, un prophète trublion du mouvement surréaliste. Dès 1948, les aphorismes de Chazal, dans Sens plastique, étourdissent André Breton, à peine remis de son exil en Martinique, où dix années auparavant il avait découvert Aimé Césaire et les rédacteurs de “ Tropique”, adversaires du régime de Vichy. Khal reste attaché à l’île Maurice, surnommée par ses habitants “l’île des prophètes”, et aux théories de Chazal concernant l’usage systématique des correspondances : la volupté représente le point suprême où s’abolissent les contradictions.

Khal Thorabully vit à trente ans dans la région lyonnaise, après des séjours en Guadeloupe et en Guyane où il publie en 1999 chez l’éditeur Ibis Rouge, son recueil connoté affectivement Chair Corail. Il élabore “ une pensée de soi ”, la coolitude, restant fidèle à ses origines de “coolie”, porteurs hindous succédant aux noirs africains dans les plantations de cannes à sucre. Ses poèmes imprégnés par les odeurs de clou de girofle et la brûlure du rhum refusent l’exotisme et proclament “ (ma) chair ramenée / marchande de simples hé pensives de plantes”. Ils sont l’action de “mandé ”, en créole guadeloupéen “ demander ”au “ métalafé,” ( le patron); ils sont “ Chair corail / à primer tes blancs riens... ma voix de berceuses aux essentes / à peser tes légendes ”. Le corail, récurrent, prolifère et construit des récifs vivants dans les mers chaudes, il entretient le mythe lémurien des îles de l’Océan Indien rescapées d’un continent englouti, la Lémurie, “ pays d’avant la mémoire ”.

Après avoir écrit en anglais, en créole puis publié en créole et français, Khal rompu à la psychanalyse, adapte la sémiologie à ses besoins : il est conseiller dans des tournages de film, réalise quatre documentaires dans une douzaine de pays, peaufine des carnets de voyage à propos de Cuba dans Roulis de Malecom. Contre l’entropie postcoloniale et sur la tragédie ivoirienne, un recueil Mes Afriques, mes ivoires, où, fasciné par la matière fine et résistante, il vante les cauris, le sable du “ lac Abi ! / La fin de ta parole est la bâtisse de Gorée”. La préface de Tanella Boni annonce une collaboration sous forme d’un dialogue paru dans Autrement éditeur. Le concept de “ nomadisme des civilisations ” rejoint les idées du défunt Gilles Deleuze : l’anti-Oedipe n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd.

Bien qu’explorateur de la coolitude, orpailleur des imaginaires, Khal Thorabully revient, avec un double clin d’oeil, en 2005 à son éditeur préféré Ibis désormais installé en Guyane, et à Saint-John Perse, le poète à la phrase solennelle et glacée. L’ouvrage Arbres et Anabase rassemble deux sections : “ le cri du lamentin et la réponse des arbres “ et “ Mots de troncs”. Le poète apostrophe l’arbre “ fille à voix étranges” invité à “ se soulever végétal au pays” : défilent des impressions imagées de la Guadeloupe, des couleurs sorties de la palette du douanier Rousseau.

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 ci dessous :

biographie ;  portrait ; extrait d'un recueil ; bibliographie                                                   

 

Khal Torabully

Mauricien, Khal Torabully naît le 14 août 1956 à Port-Louis. Son père, trinidadien de naissance et marin dans la marine marchande, s’est installé dans l’île dans les années 40 et pratique plusieurs langues de l’Océan Indien. A la maison, on parle le créole, mais Khaleel Torabully fait des études en anglais. Après le Hight School Certificate, il vient poursuivre ses études universitaires d’anglais à l’Université Lumière-Lyon 2 en 1976. Sa maîtrise en littérature comparée obtenue, il entreprend un doctorat en Sémiologie du Poétique à l'Université Lumière.

Il a commencé à écrire en français à 15 ans mais écrit plus couramment en anglais avec un premier recueil (The lins of Khal, 1981) publié à Lyon, puis un second en créole publié à Maurice. Il a enchaîné, depuis 1982, les publications en français par « affiliation avec [sa] langua franca, le créole, et parce que, plus qu’en anglais, [il y perçoit] les échos de [ses] langues environnantes ». 

Il a participé à de nombreux festivals et conférences, et a reçu des prix et aides à l’écriture, parmi lesquels une bourse du Centre National du Livre en 1997 et une Bourse de Création du Centre National du Livre en 2002. Khal Torabully est l'un des membres fondateurs du Groupe d'Études et de Recherches sur les Mondialisations (GERM) et, avec Philippe Tancelin et Geneviève Clancy, a posé l'acte fondateur de l'Internationale des Poètes, en 2003, à Paris, avec la publication de La Cendre des mots.

A travers le concept de « coolitude », il défend l’idée d’une poésie de la diversité, d’ « une poétique coralienne, diverse et bruissante à la fois », issue des imaginaires, des cultures et des identités de l’Océan Indien et au-delà. Il travaille sur le projet d’un dictionnaire du français universel, en puisant dans le réservoir et le vivier de la grande francophonie.

Il vit actuellement à Lyon, où, parallèlement à son œuvre de poète, il écrit et travaille comme réalisateur pour le cinéma.

 

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portrait-torabully-petit.JPG


Ainsi s'achève le sommeil,
Comme le monde dominé par le silence de ta parole.
Il m'était donné d'être détaché de tes mots,
De connaître la sensation du maitre ramené
A l'absence de la sensation,
Envahi par l'incertaine certitude
Que le silence venait de l'Amour,
Et mon être livré aux mots de ton absence.

Il n'y a pas de neige,
Il n'y a pas de musique,
Il n'y a que le détachement de tous les bruits,
Et la distance où je t'entends dire
L'oubli et la pensée de l'oubli.

Je n'entends nullement ce que tu dis.
Quelqu'un achève pour moi le don d'entendre.
Il y a cet arbre immobile qui oublie que j'existe,
Il y a ce mur qui parle en meme temps
Des choses que l'ombre fraiche racle de ses pieds des morts.

Il n'y a pas de pluie,
Il n'y a que ca point noir qui grandit sur l'oubli.

Je me quitte pour prospecter les mots
Qui m'ont quitté depuis que les mots
Ne me parviennent qu'avec l'indolence des enfants.
Qu'ai-je confié à ta parole,
Qu'attends-je de ton silence ?
Tu me le diras pas.
Il est impossible de t'atteindre
Quand la distance se cogne au sommeil brisé.

J'ignore à présent le sens meme de mon nom.
Que veut dire ces syllabes accrochées à ma bouche,
Que disent-elles de ma vie laissée devant l'oubli ?
J'ignore si j'existe encore
En trouvant que la vie ne vaut rien.
Si le silence que tu prolonges
Me blesse,
Il est temps que je comprenne
Ce qui se produit au fond de l'âme
Du mystique lucide dans l'intranquillité.

Sans aucun doute, le monde est exact.
Sans l'espérance, il n'est rien d'autre
Qu'un lieu où le mot se fatigue
De n'avoir saisi l'intelligence.
Aussi, sans toi, la parole est comme l'été
Brisé par la chaleur assourdissante.
Je ne pense rien entendre, et c'est cela
L'intimité qui m'adosse au vide de l'amour.

Le sommeil est parti sans amertume.
En ce moment, je ne suis qu'un etre vidé
De sa parole.
Ma bouche a perdu son âme

 

( extrait de "L'absente du voyage")

Choix bibliographique :

Fausse-île, I., éd. Pluralité-Babel, 1981.

Fausse-île, II, éd. Pluralité-Babel, 1986.

Le Printemps des ombres (trilingue : français, anglais, chinois), éd. Azalées, 1991.

Cale d'étoiles, Coolitude, éd. Azalées, 1992.

Kot sa parol la ? Rôde parole (bilingue créole/français), éd. Le Printemps, 1995.

Roulis sur le Malecon: carnet de voyage cubain, ed. L'Harmattan, 1999.

Chair corail, fragments coolies, éd. Ibis Rouge, 1999.

Arbres et anabase, éd. Ibis Rouge, 2005.

Sang des poèmes noirs. Pour Senghor, (à paraître).

 


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Published by michel-dani alain - dans nancy.aspect.editions
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