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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 21:35

 

Simone Cukier est rompue à la lecture publique avec les membres de l’association Yvan Goll de St Dié, aussi connaît-elle l’importance d’un titre, du premiers vers d’un poème, Le public, immédiatement, est impatient, tiède, indifférent. C’est au poème le moment de passer l’épreuve de la mise en bouche, à son interprète le moment de se placer en retrait, de  servir le poète, de transmettre l’espace mouvant des mots et des images où le spectateur va évoluer dans « un formidable amour de la vie ». Cela demande au récitant un certain éthos…

 

eclatements-cukier.JPG 

 
   Dans
Eclatements,son premier recueil, on entend la voix de Simone Cukier à travers « Angoulème » (ville liée à son biographème) ou « Prémonition devant « Marylin Monroë » d’Andy Wharhol » (star à l’opposé de l’auteur). Aucune trace, apparemment des Vosges où le poète vit aujourd’hui.
Les poèmes condensés, voire minimalistes, se dérobent à la mise en page : tantôt en strophes, tantôt présentés en bloc, chacun d’eux est dialogique : des voix se répondent, cascadent ou s’interrompent. Simone Cukier se veut interprète et porte parole des voix intérieures qui l’habitent et auxquelles, souvent, elle sert de modérateur, en les laissant parler : «
c’est le printemps/ et tu ne le vois pas…Où est la petite fille / aux cheveux blonds… / dont le visage s’appuie à ta tête… ?».
 L’impudeur du recueil consiste à reconstituer les sensations olfactives au contact des fleurs caressées qui ont aussi leur chair et leur intimité : magnolia « poignard », et de la terre, où se réfugie la femme avec la lumière, le ciel et les couleurs.
Les poèmes, par hasard, servent aussi de commentaires aux tableaux de Michèle Franck, environ vingt tableaux reproduits, embrassés dans les pages.
 
Simone Cukier est amateur des peintres (Wharhol, Zao Wou-Ki). Elle a parfois des ambitions folles de raconter toute la peinture et les possibilités de la couleur, c’est-à-dire de la lumière maitrisée ; il suffit de lire «  Gris à s’en défaire » et surtout « Une histoire de rouge » dont la progression va de l’éloge à une vision cosmologique et (non pas, prométhéenne) mais sensuelle de l’univers. La musicalité du texte pose les seuils du chant adressé à la peinture et aux « Magie blanche » et «  Flambée » de Michèle Frank.
 
Le ton de certains poèmes rappellent Henri Michaux (« Je vous écris de l’imaginaire, de l’au-delà de ce que je suis »),  Guillevic (« l’œil derrière la vitre « ) ou les haïkus, tombés (comme des tableautins), redressés, remis debout. Rien de plus naturel chez cette femme, passeur de poètes francophones, et obligée de les mémoriser avant de les restituer pour la grande joie du public (jusqu’en Louisiane).
Eclectique comme la plupart des membres de l’association Yvan Goll,  Simone Cukier devrait poursuivre ses travaux, nous proposer d’autres recueils, nous permettre de choisir parmi un plus grand nombre de poèmes. A nous qui sommes, par défi générationnel, rivés à nos ordinateurs, bien décidés à faire entendre, la richesse de l’invention francophone.

 

Eclatements de Simone Cukier avec 22 reproductions des tableaux  de Michèle Frank

chez l'auteur

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Published by michel-dani alain - dans nancy.aspect.editions
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