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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 20:35

 

Dictionnaire francophone de poche, Khal Torabully
Ed. la passe du vent (2006)
 

Le touriste qui débarque à Montréal connaît surtout le dépaysement de l’accent québécois à couper au couteau. Il lui faut une semaine pour s’habituer au parler comique de ses cousins d’Amérique. Quand le « métro » étend sa serviette de bain sur la plage de Gosier, il savoure aussi l’accent méridional des automobilstes du vendredi soir parfois agressifs sur la chaussée. On ne peut comprendre « la rugaille «  et le roman de Jean Luc Raharimanana Za * , si on ne s’est pas promené comme JMM et Danièle aux abords du Rova d’Antananarivo ou de Tamatave.
Les expressions collectées par Khal Torabully  dans son petit ouvrage peu onéreux complètent celles trouvées dans le Guide du routard et l’enrichissent, en les « recontextualisant » (si j’ose dire ), : elles sont indispensables pour qui veut entrer en contact sur le terrain, sitôt descendu à pôle Caraïbes. Sans elles, le lecteur passe à côté de la puissance langagière d’Ahmadou Kourouma dans Les soleils des indépendances.
Certes Kourouma est inventif. Mais il est inventif comme un Malinké. Comme Hamadou Hampaté Ba est inventif parce qu’il parle à travers Wangrin.
Le pittoresque d’un pays de rêve subsiste grâce à l’exotisme linguistique qui donne toute sa saveur au bonheur de voyager (à voile ou à vapeur)  dans la francophonie.  Maintenant que la gastronomie locale est accessible dans n’importe quel passage d’un quartier parisien – voire, en province,  dans un restaurant camerounais de Sarreguemines -, seule reste authentique et raffinée la néologie des « langues hardies et inventives » de la francophonie. On peut prôner « la gastronomie littéraire ».
Khal Torabully prend soin de préciser : «  ce dictionnaire … ne peut prétendre à l’exhaustivité.  Il donne cependant envie de prendre langue, de mettre les «  mots francophones en bouche avec leurs étonnantes finesse, piquances et résonances. ». De participer à la grande parlerie, la grande rabelaisie francophone.
  
Dans les abréviations, on retient Centraf. Pour Centrafrique. Le coopérant installé à Bangui  savait que Bic désigne un stylo à bille, mais ignore souvent  que le petit-nègre de son interlocuteur pourrait être qualifié simplement de « faux français ». L’expression « parler petit nègre, équivalente à parler « le chiaque », on le sait, se rencontre  pour la première fois dans le journal des frères Goncourt.
 
Il est facile de décrypter « voir la lune ». Centraf. L’image « radio-trottoir » correspond à celle du » patapata » de Guyane ou du « téléphone arabe ».. Grâce au travail unique de Khal Torabully, le curieux apprend  ce que sont des « gibars » en Acadie. L’incontournable verbe « gérer »  employé partout, en ce moment,  a un sens tout différent quand on entreprend de traîner sur la lagune à Saint-Louis du Sénégal ou à Gorée (où souvent les trouristes échouent dans la « Maison des esclaves » et en photographient la porte).
Le dictionnaire de Khal Torabully peut être  commenté et prêté mais à condition qu’il soit rendu à son acheteur. C’est un petit Larousse où les pages roses seraient des pages bleues.
Les pages blanches du Carnet de route « mouvoir des mots » invitent à une réédition participative, aux côtés de   Hanna et de Tanella Boni et de la francofffonie. Il faut imaginer un arbre du voyageur où seraient accrochées, comme à un sapin de Noël, des exemplaires du dictionnaire de Khal.

 

* Si, on peut (note de JMM)Mieux : il faut absolument lire ZA, un roman majeur de la littérature française actuelle

 

Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Philippe Rey, Paris, France
Auteur : Jean-Luc Raharimanana

Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-84876-105-3


 

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Published by michel-dani alain - dans lecture-critique
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