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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 18:29

 

(Alain Mabanckou ne saurait décevoir)

    « Cher Jimmy, le monde abonde désormais de ce type d’artistes à court d’idées, et il y a bien longtemps que la pitié du Nègre ne mobilise plus l’altruisme.
»
 
 
Lettre à Jimmy
   Alain Mabanckou,  coll. « rentrée littéraire » Fayard 2007
 
   Oubliant un peu le métier de romancier célèbre, Alain Mabanckou prend le temps de peaufiner des essais et rubriques littéraires.
 
Début : «
Alors que les mouettes désertent Santa Monica Strate Beach et qu’au loin tangue une embarcation prise dans une vague, je suis envahi par ta présence comme à chaque fois que j’erre ici… »
 
   L’ouvrage se termine à l’américaine, avec la liste des ouvrages consultés et des notes qui, au final, font référence aux pages de cet essai très peu universitaire.
 
La rencontre en question est celle, purement imaginaire avec James Baldwin, l’auteur de
La prochaine fois, le feu  - Gallimard 1962 et collection Folio -.
 
   Fasciné par le regard de Baldwin sur une photographie, Alain Mabanckou se met à interroger l’écrivain (« l’ami américain ») et à lui demander le temps qu’il fait au paradis. Commence alors la biographie de Jimmy,  un déclassé de Harlem dès sa naissance en 1924, dans le New York de l’époque, un véritable
apartheid nordiste. Pour détourner un poème reçu ce matin d’Umar Timol, le poète de Maurice, dans un « copier / coller « :
« étrange lucidité qui  
parfois jaillit /
dont les éclairs / fissurent les épopées de l’obscurité »

   Biographie poétique comme le
Verlaine d’ardoise et de pluie de Guy Goffette (Gallimard), l’ouvrage d’Alain Mabanckou explique la situation de ce bâtard de Jimmy dans un pays où les Américains noirs défendaient la cause musulmane comme Malcolm X, ou des illuminés comme Marcus Gravey. Alain Mabanckou adopte une démarche d’empathie avec Baldwin, on peut dire de tendresse devant ce fils de protestant intransigeant, doué au point d’écrire une pièce de théâtre dès neuf ans. La mentalité du père de Baldwin  - un « monstre » à la maison -est parfaitement reconstituée, avec un commentaire modéré à propos de ce père, plutôt malade mental..
 
   L’adolescence de Baldwin est celle, incroyable, d’un prêcheur connaissant la Bible par coeur et soumis à la « fouille sur le corps », la castagne des flics racistes. Avant la découverte de sa vocation : « Je veux être un honnête homme et un bon écrivain. »
On pense à l’exploitation de la misère par les escrocs habillés en curé – l’habit ne fait pas le moine -  comme dans les romans de Chester Himas (« La reine des pommes », série noire).
 
Ce que Alain Mabanckou nous apprend, c’est que Baldwin était fiché, suivi par le FBI avant même la trentaine – et
La prochaine fois, le feu – qu’il a approché Robert Kennedy avant son assassinat – il est parfaitement au courant des racontars d’Alain Finkielfraut, une jambe en France, l’autre aux Usa, fournit des informations venues d’outre-atlantique tout en restant très francophone.
 
 
 
 
 
   En littéraire (Université de Californie –Los Angelés), il ramasse les données dans les textes autobiographiques de Baldwin (démarche factuelle), prend le temps de les commenter, de les restituer sans intellectualisme, et nous plonge, avec son sens romanesque, dans un portrait du Noir américain à tous les points de vue passionnant.
 

Entre autres jugements intéressants : « …
l’idée d’une communauté noire de France est superficielle… l’histoire des Noirs américains a un enracinement qui ne saurait être comparé à la présence des Noirs en France… »
 
«
De l’autre côté, pour peu que tu jettes un regard sur la France, notre commun pays d’adoption, tu t’étonneras de constater que tes propos, tes écrits gardent leur actualité. »
 
   Livre lyrique et lucide
, Lettre à Jimmy donne une éclairage unique sur la littérature, digne de Pierrre Dommergues, autrefois, spécialiste de la littérature américaine, qui avait collecté des interviews des grands écrivains.
 
   Au fond, la démarche d’Alain Mabanckou vise à nous faire lire l’œuvre de James Baldwin. De ce point de vue-là,  aussi, c’est une réussite.
 
Christian Samson


 

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Published by michel-dani alain
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