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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 16:01

 

Lecture express sur l’Autoroute 34

 

Linda Maria Baros qui a un patronyme exotique, est Roumaine, elle a 31 ans. Auteur de 4 livres publiés aux éditions Cheyne, organisatrice du Printemps des poètes en Roumanie, elle représente une génération de poètes très prometteuse. Dans son recueil L'autoroute 34, les titres des trois sections sonnent justement et imposent l'originalité de son inspiration :"Le labyrinthe, Légendes urbaines",'L"autoroute A34", "Mon père".

Les mégapoles que sont devenues les villes au XXI e siècle correspondent à un mouvement mondial irréversible. Le merveilleux urbain s'est porté aujourd'hui sur les constructions standard : les tunnels, les ponts, les voies radiales des autoroutes nourrissent l'imaginaire poétique moderne. Le poème qui sert de programme pour présenter Linda Maria Barros, "Les enfants passés au tamis",
entretient un interlocuteur d'abord ambigu : à qui est adressé ce poème en strophes libres, qui conjugue au passé composé les exploits nomades, "j'ai volé et j'ai menti... j'ai lavé des cadavres... j'ai pleuré comme une suicidaire... là-bas il y a la guerre...là-bas, il intime à la poussière l'ordre de préparer pour toi aussi, mon amour... une toile de tente" ?

On pense à Lautréamont et aux chants de Maldoror à cause d'un phacochère "qui court par-dessus les êtres vivants" (p 15), on pense à Valérie Rouzeau à cause de la sensibilité qui affleure et qui est insidieuse. On pense aussi à Apollinaire par la référence au lyrisme urbain: la zone est chantée, mais c'est celle des enfants de la rue qui inhalent de la colle" (p 12).

Deux mots ignorés appellent la consultation du dictionnaire, voire de plusieurs dictionnaires : "Je me suis laissé hanter / par les cagoux de minuit,"hissée - sur quelque raclage hissée - dans les fourches des barbeaux.". Les barbeaux sont des poissons d'eau douce. La syntaxe de Linda Maria Barros paraît beaucoup plus subtile que dans un simple discours déclamatoire On devrait oenser à Aloysius Bertrand.

Linda Maria Baros revendique sa parole poétique et sa propre expérience lyrique quand elle écrit (les hommes) : "ils m'ont passée au tamis/ en même temps que tes autres enfants,/ ils m'ont mis le bâillon d'autres paroles". La question énigmatique "Où es-tu?" reste sans réponse.

Le tutoiement est récurrent dans les autres textes donnant l'impression d'une ode adressée au lecteur qui serait l'interlocuteur à initier au dédale urbain: " Je t'offrirai un underfround intime, un délire./ "Et je t'apprendrai comment régner sur ce labyrinthe, comment en extraire une forme d'ordre suprème/ qui change le chaos en pelote. Tu seras heureux."
Le syllogisme aboutit au sentiment du "bonheur". Il convertit la boue et l'or d'une manière similaire à celle de Baudelaire dans le poème en prose « le joujou du prose (l'enfant riche et l'enfant pauvre regardant ensemble comme jouet un rat emprisonné dans une cage).

Linda Maria Baros paraît posséder une solide connaissance de la poésie.
L'élégie permet de qualifier le passage suivant : "cette nuit tu as mis entre nous les banlieues / et tu t'es enfui.// Tu t'es enfui - il m'a semblé - comme un grand cerf/ qui ne vit qu'en courant..." La crudité des images de l'auteure paraît d'autant plus impertinente que le bestiaire (à partir d'un polyptote : l'animal ) confirme les affinités de Maria Linda Baros avec Isidore Ducasse.
La puissance verbale de l’auteur est confirmée dans les pages suivantes : "Tu dis ville et la ville se voit pousser d'énormes oreilles par-dessus les HLM"... Sous le mot "ville" il faut entendre Saint-Pétersbourg" avec ses bulbes drôlement présentés (leurs gros nichons dans l'air, le tête en bas, p 28) et Pise associée au père est évoquée dans la 3e section. C'est presque un dialogue reconstitué avec le père qui est proposé à propos des loups et une morale appliquée dans la vie : "de toute
cette ville, il ne veut emmener que les vieux, les grands enfants sans maison..." (p 58) Une image du père qui attend reste comme un modèle et un reproche ( à la page 62).
Le dernier poème commence par cette strophe (sous le titre " A la carrière") : " Mon père creuse un trou/ sous les nuages plombée, de vitre / Il ne rend que rarement dans la ville./ / Il y cherche une sorte d'autoroute / qui traverse les profondeurs de la terre..."

Il y a dans le recueil de Linda Maria Barros des images cocasses.On trouve un motard sur l'autoroute A4 qui écrit des poèmes et qui les fait aimer en roulant à toute vitesse à des filles assises à l'arrière de sa moto, et qui " collent contre ses miches leur pubis tanné." C'est Easy rider avec des filles de l'est comme amazones ("des blondes de Malmö,/ de Minsk/ jetées/ dans les poches arrière de leurs jeans. Surgies de leur côte portante".
On est loin de la poésie d'Yves Bonnefoy.

 

 

Il faudrait célébrer la poésie francophone d'aujourd'hui, la poésie et les poètes carnavalesques, en écrivant une sorte de Stephane Hessel ("Indignez-vous") où on dénoncerait la référence actuelle à Bonnefoy et à Philppe Jaccotet qui s'impose à l'esprit des lecteurs communs dès qu'on parle de la poésie actuelle. On pourrait en 2 pages rappeler les méfaits d'Yves Bonnefoy et de Jaccotet, tous les deux se trouvent en livre de poche, puis présenter l'espace francophone (Ernest Pépin, Danièle Corre, Serge Pey, Umar Timol, Bernard Heidsieck). 3 à 5 pages par écrivain. On pourrait définir la création francophone contemporaine qui rappellerait les grands cosmopolites ( Paul Marie Lapointe, Alexandra Pizarnick, la poésie africaine). Je crois qu'aucun Fançais enseignant n'a lu, comme nous qui avons été en coopération, les grands classiques de la poésie africaine entendus au moment des indépendances : Senghor, Cesaire, René Maran Léon Gontran Damas, Sony Labou Tansy, Tchicakaya U-Tamsi). Il faudrait rédiger cet opuscule (pas plus long que le bouquin de Stéphane Hessel avec le style de la culture participative qui permet de lire facilement les articles de Wikipédia.

Alain

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Published by michel-dani alain - dans nancy.aspect.editions
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