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29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 23:50

                                                                                                                                                          
  

Ode au Saint-Laurent
Gatien Lapointe éditions Ecrits des Forges et Autres temps

Oeuvre encore moderne, sans signes de vieillesse, ce long poème de Gatien Lapointe,
Ode au Saint Laurent paru en première version en 1963, titre régulièrement donné en guise de référence bibliographique pour situer la poésie Québécoise.
Comme cinquante années auparavant on peut qualifier sa lecture aujourd’hui de volonté de remonter à la source d’une veine poétique et d’une fougue juvénile, d’une expansivité épique comparables, pour le Canada de langue française, à ce que représentaient, à ce que contiennent encore, de stimulant les versets de Walt Whitman dans
Leaves of Grass – en français Feuilles d’herbe - au milieu du XIX siècle pour les Etatsuniens. Gatien Lapointe compose – et signe - avec entrain et intuition l’hymne de son pays aux vastes étendues  dans une langue directe et un emportement communicatif devant les grandes distances, la réservoir vierge Québécois en énergies de toutes sortes - lacs, fleuves, ressources du sous-sol - en espèces végétales – vallées à perte de vue – forêts giboyeuses - et en fraternité.
Les attitudes énonciatives employées sont aussi variées que le paysage - panorama - mental qu’il brosse de manière très colorée à coups de pinceau généreux, alternant le mode verbal performatif – courant en anglais et résumé dans la formule ; « quand dire c’est faire « -, l’ambiguïté d’un je qui est indifféremment celui du poète et cet
ego du fleuve Saint-Laurent. Signalons aussi le geste de montrer (« ce paysage est sans mesure ») au début d’un passage descriptif, et le souci du référent qui consiste à baptiser et introduire aux rites du clan dans une liturgie personnelle, Mais Gatien Lapointe, entrainé à lancer des sondes par introspection, comme d’autres lancent l’hameçon dans la rivière, s’interroge souvent sur son tempérament jovial, sur ce qui l’obscurcit passagèrement, autant qu’il recours à l’interrogation rhétorique et à l’exclamative. L’adhésion très forte ressentie à la respiration de son pays correspond au fait de s’assumer dans son corps qu’il sent battre – hors des sentiers battus -. Son hyperactivité est un reflet de l’appétit d’un corps jeune et sensuel qui veut s’ouvrir, littéralement s’affirmer et - tout en muscles et en nerfs - se dépenser. Découvrir son compatriote en prenant les devants, parler en son nom, en tant que porte-parole, interprète de ses fiertés caractéristiques – et prophète, comme le poète de Baudelaire, prophète du bohémien et du mage -  comportement rien moins qu’humble, équivaut à accepter son ascendance, sa terre de naissance, son identité domiciliaire. Gatien Lapointe laisse en héritage culturel une œuvre d’amour et d’affection domaniale, un discours sédentaire reçu et transmis par quelqu’un de toujours très curieux, dynamique, en éveil d’étonnement, une « éternel adolescent » ne se plaignant pas d’ankyloses. Sa poignée de main est franche. Corollairement, sa langue d’homme qui naît ignore les temps morts, la fange où on s’englue et où on se noie, modifie son rythme et frappe à la porte de la sensibilité universelle : «  Je vois dans une phrase l’espace de l’homme « L’œuvre est lisible de la part d’un lecteur francophone curieux des particularités locales de sa langue, des contextes  géographiques et des histoires engendrées dans le sang par ingérences étrangères – ou contentieux tribaux - aux cinq coins de l’horizon avant, pendant l’indépendance et depuis la « mondialisation », langue de la poésie contemporaine, des transformations linguistiques et des bonheurs d’expression métissées qu’elle offre un peu partout.
On parle à juste raison d’espaces francophones et de langue
partagée en copropriété.
Sans digresser, disons que les Québécois  avec lesquels on converse aujourd’hui évoquent Gatien Lapointe avec un enchantement jamais feint, ils vous adressent un clin d’œil amusé un peu comme  les Etatsuniens acquiescent à
l’Attrape-cœur de Salinger –quel personnage attendrissant, Caufield ! - et comme les Africains sourient au nom de Wangrin  
Si mentionner  Walt Whitman, c’est déjà insister sur la beat génération qu’il présage avec en surimpression le torse nu de Ginsberg, rendre compte de Gastien Lapointe c’est avouer le plaisir généralement satisfait que procurent soit Gaston Miron, de
l’homme rapaillé, soit Roland Giguère, soit Paul-Marie Lapointe, l’homonyme encore bien vivant de Gatien. Soit, bien entendu, Hélène Dorion : autant de maîtres contemporains de la poésie Québécoise.
L’Ode au fleuve est donnée pour «  un chantier à ras de sillons », elle suit l’ordre d’un journal, une progression accidentée, la pose de rivets, l’asphaltage de lignes droites et le sprint  avant la ligne d’arrivée avec ses petits redressements de tête,  avec ses haussements volontaires du menton, ses –fausses - prières…  virils. Un peu comme dans tous les cahiers de « retour au pays  natal », depuis Césaire jusqu’à André Rober et  Khal Torabully. Le geste créatif s’accompagne d’une remontée des enfers et se veut une recréation de l’univers, un début de l’histoire de libération sauf que le poète Gatien Lapointe revendique son appartenance à un «  ici » qu’il n’a jamais quitté, se contentant seulement de naître dans la démesure des distances et des Eléments
«
J’entraîne au jour tout ce qui est nocturne / J’ajuste l’arc-en ciel sur la cuisse des mers.
 
Et le soleil se mit en marche dans mon coeur… Je dis l’homme arrivant sur terre… »
«  
Tout ce que j’ai appris me vient d’ici ».

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Published by michel-dani alain - dans lecture-critique
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