lecture-critique

Mardi 6 décembre 2011 2 06 /12 /Déc /2011 18:15

 

L’homme unidimensionnel
   Herbert Marcuse coll. Points 1968
 
 


  L’essai a influencé ceux de mai 68 qu’on a appelés « les enfants de Marx et du coca cola ». Il s’en prend à l’Amérique capitaliste dite « néo-colonialiste » * autant qu’au régime  communiste des pays de l’est (Prague et les chars évoqués dans le roman de Milan Kundera L’insoutenable légèreté de l’être). Après la domination de la méduse métaphysique, il aspire à nous libérer du joug de l’Etat, des médias et des crabes de la consommation.
                                                                                      * sens détourné de ce qu’il désigne habituellement.



Préface
: « J’ai analysé dans ce livre quelques tendances du capitalisme américain qui conduisent à une « société close » - close parce qu’elle… intègre toutes les dimensions de l’existence, privée et publique. »
 
1.    La société unidimensionnelle

2.    La pensée unidimensionnelle

3.    Perspectives d’un changement historique



 
 
1. La société unidimensionnelle
 
  L’homme se trouve sur une toile d’araignée et  connaît la privation de toutes ses libertés dans la société actuelle dite « de progrès » :
 

  «  La société industrielle qui s’approprie la technologie et la science s’est organisée pour dominer toujours plus efficacement l’homme et la nature, pour utiliser ses ressources toujours plus efficacement. »
 

Les superlatifs insistants de Marcuse sont plus recevables qu’une dramatisation de la condition sociale à laquelle l’homme est asservi. Où il est constamment mobilisé, tenu en éveil, non sans des tensions personnelles.


   La société poursuit sa frénésie de productivité  dans l’ère de la consommation comme auparavant dans l’état de guerre.
 
Dans « l’enfermement de l’univers politique », il faut déplorer que le programme de l’opposition  (et des syndicats) ressemble à celui du parti au pouvoir ; tous sont mus par des intérêts communs. La pensée radicale du philosophe Marcuse s’exprime ici, en renvoyant dos à dos les idéologies et actions politiques :
 
« … La société capitaliste a une cohésion interne que les stades de la civilisation n’ont pas connue. »
 
 
(Chapitre 4) L’univers clos du discours.
   
   La  puissance des médias et leur sacralisation laminent la réflexion individuelle, avec la complicité dépourvue de scrupules  « des agents de publicité /qui/ façonnent l’univers de communication dans lequel s’exprime le comportement unidimensionnel. »
 

  Marcuse décrit le processus d’appauvrissement  et d’oxydation de la langue, réduite à des constructions dignes de la gestuelle - mimique et  cris -  des primates : «  C’est le mot qui ordonne, qui organise ; il incite les gens à faire, à acheter, à accepter » . L’époque paraît mettre à exécution la « novlangue » imaginée avec prémonition par Orwell dans son roman 1984.


 
 

 «  Dans cet univers du discours public, la parole est un déplacement de synonymes et de tautologies ; elle ne recherche jamais en fait la différence qualitative. »
 
 


 
… En quelque sorte, la parole est tenue en laisse, massivement réprimée dans un univers de conditionnement et d’inflation de la langue de bois, avec ses sigles, abréviations permutables, ses plaques sémantiques d’eczéma,  ses épithètes homériques –  « Werner von Braun le créateur-de-missiles- aux larges épaules »  (immigré allemand comme Marcuse) -, ses  diktats dénoncés par Roland Barthes (Le degré zéro de l’écriture, éditions du Seuil)  : l’écrivain consciemment ou hypocritement  se trouve en devoir de résistance.
   

   On peut s’étonner des citations récurrentes de l’essayiste français, et se demander dans quelle langue Marcuse a pu découvrir Le degré zéro de l’écriture, avant de le convoquer ainsi en témoin du démantèlement linguistique généralisé sur la planète.

 

En examinant les plaintes que les travailleurs formulaient au sujet de leur salaire et de leurs conditions de travail, les chercheurs insistèrent sur le fait que la plupart du temps l’énoncé de ses plaintes se faisaient en termes vagues, indéfinis… Les chercheur, en se réglant sur le principe de la pensée opérationnelle, interprétèrent et reformulèrent ces propositions/… / La proposition « les toilettes sont insalubres «  était reformulée ainsi : « à telle et telle occasion je suis allé aux toilettes et j’ai trouvé la cuvette sale ».  Des enquêtes montraient alors que cette situation était due « principalement à la négligence de quelques employés. » (Page 146).

 
    
Humour swiftien de cet exemple et démonstration de la logique administrative sur lesquels Marcuse ne manque pas de s’étendre.
 

2. La pensée négative : la logique de la contradiction est mise en échec
 
    
La seconde partie, la plus ardue, s’organise autour de cette phrase, vertigineuse et révélatrice de la hauteur d’esprit de Marcuse, qui choisit des formules d’imprécateur et d’iconoclaste, à la manière de Hannah Arendt dans La crise de la culture (1961) :
 
« La rationalité technologique de l’univers totalitaire est la forme la plus récente qu’a pu prendre l’idée de Raison. »
La rationalité grecque distinguait le vrai du faux, concourait à la connaissance du réel dans un univers à deux dimensions, aspirait à une universalité de la raison dialectique, « Le fait que l’homme est progressivement enchaîné à un appareil productif, révèle les limites de cette rationalité et sa farce sinistre… ‘

 
 
3.
Perspectives d’un changement historique

     Il existe seulement deux  projets  historiques qui se trouvent en conflit « et l’issue des événements semble dépendre de deux séries de facteurs antagoniques :
1.    la plus grande force de destruction ;

2.     la plus grande productivité sans destruction. En d’autres mots la plus grande vérité historique appartiendrait au système qui offre le plus de chances pour une pacification. »


 

Dans un monde où règne ce que Marcuse qualifie de « folie économique », chacun subit, tolère l’irrationnel de la Raison résumé par trois anecdotes  à propos du déphasement vécu quotidiennement : - l’appétit de changement de l’automobiliste passant  d’une voiture  à une autre et obsédé par les marques pour son bien-être  – le plaisir de la campagne devient une recherche de la « réserve naturelle » contre les enseignes publicitaires et le citoyen cautionne ainsi un gouvernement déterminé à financer l’extension des parcs naturels.





 « La pensée critique doit s’efforcer de définir le caractère irrationnel de la rationalité établie… la technologie est devenue l’instrument d’une politique destructive. «



 

  


Peut-être le fondateur d’Apple a –t-il été inspiré par Marcuse (et Thomas Pynchon, l’auteur de Vente à la criée du lot 49)  en proposant des produits alliant fonctionnalité, design et écologie.  La technologie au service de l’industrie poursuit « quelque chose de cette corrélation mythologique entre le réel et le possible (qui) a survécu dans la pensée scientifique… » Marcuse, Steve Jobs et Pynchon visent accessoirement une réalité et une existence devenue libre, « avec des besoins vitaux satisfaits » :










« On peut calculer quels doivent être les besoins que l’on doit dispenser aux malades, aux infirmes et aux  gens âgés – c’est-à-dire qu’on peut calculer comment réduire l’angoisse, comment libérer de la peur. Des obstacles politiques s’opposent à une telle matérialisation… »



  Les dernières pages de L’homme unidimensionnel, les plus passionnantes de l’ouvrage, relèvent autant du document sur une nouvelle idéologie anticapitaliste se constituant dans les années 1970 que de la pure utopie, le contraire de la dystopie illustrée par Georges Orwell et son roman célèbre 1984 - au détriment de Hommage à la Catalogne, témoignage direct sur la guerre d’Espagne raconté aux côtés des républicains et anarchistes  à Barcelone - .




   «
La « pacification de l’existence » ne peut pas provenir d’une accumulation du pouvoir, mais du contraire. La paix et le pouvoir, Eros et le pouvoir, ce sont peut-être des termes contraires… La pacification suppose, qu’on a vaincu la résistance de la nature… il y a deux façons de vaincre la résistance de la nature : l’une est répressive, l’autre est libératrice… »
 

  La nature peut être transcendée par le contrôle des naissances, le discrédit du racisme encore présent dans certaines régions reculées du monde… La Raison dans une autre acception que celle du XVIIIe siècle peut transférer la notion de progrès, réparer les insuffisances et la cécité des encyclopédistes, renouer avec la conception grecque assimilant art et technique. Marcuse condamne le dicton préféré de Samuel Beckett (« N’attendez pas d’être chassés pour vous cacher… »)  se réfère à Marx et à Hegel à propos de l’homme disposant de cette chimère brandie en toute circonstance du « temps libre ». Son idée force est que la « culture » révèle ses origines et qu’elle est le privilège d’une aristocratie – précisons une aristocratie « bourgeoise » - et, bien entendu, réactionnaire, sclérosée, pantouflarde.
 
 



« Prenons un exemple (malheureusement fantastique) : si simplement il n’y avait plus subitement de publicité et d’endoctrinement dans l’information et dans les loisirs, l’individu serait plongé premièrement dans un vide traumatisant, puis il y trouverait la possibilité de se poser des questions et de penser. Bien entendu, une telle situation serait insupportable et cauchemardesque. »


 
« Si la télévision et les moyens de communication similaires cessaient de fonctionner, alors pourrait commencer à se réaliser ce que les contradiction inhérentes du capitalisme ne sont pas encore parvenues à accomplir : la désintégration du système »
 
 
  Herbert Marcuse montre son goût littéraire – et se lâche complètement - dans la conclusion, où sont tour à tour mentionnés Samuel Beckett, Lewis Carol, Maurice Blanchot,  Walter Benjamin, les écrivains et les artistes de la liberté d’expression, parfois sournoisement menacés par une psychanalyse  hégémonique qui fait  actuellement le miel de Michel Onfray.
  

Le « dictionnaire des sciences humaines » (PUF éditions 2006) réhabilite Herbert Marcuse (1898- 1979) associé à tort, alors qu’il est philosophe, aux hippies, pacifistes américains de Woodstock et protestataires contre la guerre du Vietnam (genre Bob Dylan !). :
 
  « Marcuse rassemble en une synthèse inédite  les impulsions du mouvement ouvrier et les contestations de la modernité plutôt axées sur le nivellement de la culture, la perte du sens et l’aliénation marchande.  Le centre de gravité de l’ouvrage - écrit Stéphane Haber - consiste dans une dénonciation vive de la société de consommation contemporaine et se termine par un appel à la révolte qui concerne d’abord les minorités exclues, réprimées ou exploitées par la société d’abondance après la guerre, organisée selon les principes d’une rationalité étouffante. »
  

   
   Marcuse entretient un propos dérangeant à propos d’Auschwitz moins inscrit dans la mémoire que dans la « gadgétisation » de la société qui amène à suspecter la science et la technologie contemporaine :
« La société a restreint, elle a même anéanti l’espace romantique de l’imagination…Libérer l’imagination afin que lui soient dpnnés ses pleins moyens d’expression  présuppose de réprimer une grande part de ce qui est présentement libre dans la société répressive… »
  
 
    Il reste à traduire, désormais,  le discours de Marcuse en mots d’ordre.
 


 
Christian Samson

Par michel-dani alain - Publié dans : lecture-critique
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Mardi 6 décembre 2011 2 06 /12 /Déc /2011 18:12

 

« Violemment surréaliste et ancré dans la langue québécoise… Son style était bref mais choquant. Il toucha un large public et influença les poètes québécois ou francophones de la seconde moitié du 20ème siècle. »
                                      Journal en ligne, à propos de Paul-Marie Lapointe


Espèces fragiles
Paul-Marie Lapointe, éditions l’Hexagone Québec 2002
 
Le poète s’est éteint récemment, le 16 août 2011. Un ouvrage de  la collection « Poète d’aujourd’hui »  chez Seghers lui a été consacré.
 
La thématique de « l’île-paradis » sert de châsse aux poèmes dont le dernier se termine par une apostrophe à la tortue, à toutes les tortues du monde :  «
sans doute n’atteindras-tu / jamais / la fin des temps… le sais-tu? »
 
Représentant des poètes de la « révolution tranquille » au Québec, Paul-Marie Lapointe a eu de hautes responsabilités à radio Canada, persévérant dès 21 ans dans un anticapitalisme raisonné, complice de Gaston Miron  dont il a la stature, et de Nicole Brossard (féministe dès « Installations » 1989). On connait l’attirance de Malcolm Lowry, de Lawrence et des Québécois pour le Mexique, terre des séismes et des volcans :

«  nuit cathodique/ … nuit sous contrôle / nuit armée /… nuit régnante sur terre / planète d’ignorance / et de sang versé / planète perdue
»
 
L’humanisme contemporain de Paul-Marie Lapointe - on a rendu compte de
Pour les ämes dans ce blog, au début de l’année – correspond à un rejet de cette espèce de « totalitarisme » Etatsunien dont pâtissent les Latinos, les Blacks, les minorités sexuelles, un fonds protestant et apalachien rétrograde. De toute évidence, comme Pierre Bellemare, Lapointe préférait le Mexique, l’Amérique du sud, admirait modérément le Che, Cuba et pas du tout Régis Debray, l’ex otage de Bolivie, le « médiologue » à la mode.
 
Le petit bourgeois philosophe se rendait chaque lundi – vers 1965 -  au lycée Poincaré de Nancy (son 1er poste de normalien ) après avoir traîné sur l’ancienne place Thiers, celle du cinéma où les lycéens sortis par « l’aquarium » regardaient jalousement les filles aux jambes croisées à la terrasse du café – le restaurant était à l’étage -. Régis Debray, l’anti-poéte, enseignait le
Discours de la méthode qu’il obligeait à apprendre par cœur.
 
Paul-Marie Lapointe, le poète « planant », a écrit : «  
à 8 heures, ce matin,/ secousse sismique / un seul coup de massue / comme pour enfoncer la ville / dans la terre / ville fragile / immobile / comme on retient son souffle… »
 
Toutes les pièces du recueil se caractérisent par leur concision, leur ton ferme, leur expérience de « l’être humain ». L’ensemble donne un condensé des positions d’un poète exemplaire, qui ne se compromit pas avec les pseudo révolutionnaires boliviens, enfermés – pour la photo – dans la prison de Camiri (1967-1971).
 
L’inspiration du poète Québécois est limpide, héroïque, Il sublime l’épopée et le sous-développement.
 
«
Des fourmis.
Quelques centaines de fourmis, minuscules, explorent le territoire de marbre de la terrasse ; un mètre carré environ. Que chacune parcourt en tout sens, avançant à vive allure, stoppant, reculant, virant à gauche à droite…
. »
 
Christian Samson
 

 

Par michel-dani alain - Publié dans : lecture-critique
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Jeudi 24 novembre 2011 4 24 /11 /Nov /2011 12:12

   A propos de Louise Michel
 
L’anniversaire de la mort de Frantz Fanon  (1961) est aussi l’occasion de découvrir aux éditions D’Ores et déjà un discours de Louise Michel, qui rencontra Victor Hugo en 1821, avant d’être déportée en Nouvelle-Calédonie à quarante-trois ans. On note la sortie sur les écrans – dans les salles de l’Union des Grands Capitalistes UGC -  du film L’ordre et la morale de Mathieu Kassowitz, à propos des révoltés, preneurs d’otages de la grotte d’Ouvéa qui se débrouillèrent seuls (14 morts après quatre assassinats de gendarmes) sans la participation de Jean-Marie Djibaou au cours de cette crise / un « assaut programmé avec la connivence de son médiateur » /  – le leaqder du FLK est seulement nommé dans le générique de fin -.
 
Prise de possession
   Louise Michel, éditions d’Ores et Déjà.
 
   Louise Michel avait un talent d’orateur et de poète, propre à convaincre - et à soulever littéralement de terre -, tous les gueux : misérables, prolétaires,  paysans, ceux que Michelet appelait le  peuple déshérité du monde. Ceux qu’elle mobilise et rejoint en tant que porte parole par un " nous" unanimiste  :
 
   «  Nous savons notre but : c’est la délivrance de tous, nous le voulons et nous l’oserons… » .
 
   Ce n’est pas un hasard si les  qualificatifs christiques fleurissent pour parler de « la Vierge rouge » Louise Michel qui est, au siècle de la révolution industrielle – si peu romantique -,  une des seules femmes à porter avec George Sand le costume masculin.
 
   Elle représente les convictions politiques modernes, les idéaux des utopistes socialistes de la Commune de 1870, Avec son chant, les exclus, les dépossédés se révoltent - doivent encore  aujourd’hui se révolter – dépaver les rues, dresser des barricades – pourquoi pas dans la rue St Jean ou au Point Central ? -.
 


 «  Le pouvoir est mort, s’étant, comme les scorpions, tué lui-même ; le capital est une fiction, puisque sans le travail il ne peut exister. »
 
 
 
   Louise Michel se moquait des lois bourgeoises qu’elle eut à subir, elle fut plusieurs fois arrêtée avant sa relégation en Kanaky où elle resta seule à soutenir une insurrection indigène – son chef Ataï -, puis à nouveau surveillée par la police de l’empire et de la république pendant les trente dernières années de sa vie : 
 
   « Peut-on encore parler du suffrage universel sans rire ? Tous sont obligés de reconnaître que c’est une mauvaise arme ; que, du reste, le pouvoir en tient le manche… »
 
    La conférence – très écrite – qu’elle donne en mars 1882 à Paris constitue un document inédit qui révèle Louise Michel, institutrice des enfants de déportés en Mélanésie. Anarchiste dans la moelle, et bourrée de talent, elle annonce les temps prochains, la « catastrophe » / terme dramaturgique / de la condition humaine –  pas une ruée vers Laure -  où les biens cesseront  d’appartenir à ceux qui  en profitent à l’abri d’un gouvernement, et où les patrons aussi se libéreront – d’eux-mêmes -.. Ces crasses !  Elle entend réconcilier l’humanité dans un monde précaire, en premier lieu, les hommes avec leur liberté et leurs droits.
 
   Le procès social doit se régler avant notre disparition dans le cosmos ; il faut faire un mauvais sort à l’argent, il faut, comme le dirait  aujourd’hui le curé Meslier pendre « les nobles – les nouveaux aristocrates – avec les tripes du clergé, des évêques et du pape ».
 
   Louise Michel vaut la peine d’être découverte, car elle "détruit" la notion du travail aliénant.  Elle se méfie des hommes politiques de droite comme de gauche, ne croyant pas que l’arrivée de socialistes ( !) au pouvoir – à la présidentielle – résoudra miraculeusement  les problèmes économiques du pays, de la nation gauloise,  de l’Europe, des Etats corrompus en Afrique, au Pakistan, en Cisjordanie…. Elle donne comme exemple des leaders représentatifs qui ont répondu à la misère des peuples, Abraham Lincoln, Vercingétorix,  ou d’autres moins célèbres – Sophie Grant condamnée à la prison, , le pirate Doï-van  condamné à mort au Tonkin -  , mais seulement parce qu’il faut donner des exemples historiques pour cautionner son discours…… En comparaison, le manifeste Syris 10/18 contre le travail et l’Europe économique paraît un pastiche des appels au meurtre prolétariens.



   «Le communisme commence à se dessiner, personne ne possède en propre le soleil qui l’éclaire, l’océan qu’il parcourt… »
 
 
   Embrassant l’univers dans un panorama de l’Histoire et des civilisations qui ont incubé toutes les révolutions, Louise Michel cite fréquemment le poète américain Whitman, se montre géniale dans son sens de la formule (« Notre république a des rois par milliers…   Ce qui pourrait s’appeler « respublica » ce serait la chose de tous, l’humanité libre sur le monde libre »)

 
   Féministe cultivée, elle en aurait appris, elle en aurait à enseigner aujourd’hui encore, à tous les incultes de la Toile qui rédigent leur blog abondamment illustré, paresseusement illustré.
 
   Elle aurait encore à couvrir des salons d’excréments, les miroirs à dorures, elle pourrait ripoliner d’excréments la façade des ministères nationaux sans susciter la moindre indignation de la part de l’intelligentsia parisienne, qui se complaît dans son autosuffisance, qui se gargarise de mots, qui sniffe des rails de coke sur un guéridon. Tant elle est veule. Les vedettes BHL et autres sont outrecuidants et bien capables de plier les œuvres complètes de Louise Michel pour en faire des cocottes en papier. Sans oublier les "spécialistes" du CNRS,  de Sade et autres Unités d’enseignement – ou de valeurs -  qui se gargarisent avec bonne conscience, et se regardent devant la glace…  sans rire.
 

   Louise Michel accumulait les savoirs au service de l’action : thésaurus vivant, curieuse des plantes endémiques en Mélanésie, des mœurs  - et des enfants  surtout  - qu’elle éduquait le dimanche. En matière d’instruction, personne ne pouvait lui donner de conseils. Elle se « gérait », autodidacte, indépendante.
.
 

  
   Il faut trois rédacteurs Robert Kurz, Ernst Lohoff et Norbert Trenkle pour poursuivre, quatrième de couverture  « l’économie d’une critique radicale de l’idéologie du travail …- que de compléments de noms ! -  Autrement dit, il ne s’agit pas de libérer le travail, mais de se libérer du travail. »
 
   
  
    La conférence de Louise Michel prononcée en 1883 est un modèle de rhétorique révolutionnaire, un bâton de dynamite – et non un bâton d’encens qui se consume pour remplacer un désodorisant, repérable par un détecteur de fumée – ou un ersatz – qu’on trouverait dans une supérette. Les images métrées qu’elle ajuste parlent – dans notre « chambre intérieure » -, elles sont de portée universelle. C’est un matelas miné, un parquet dissimulant des mines anti personnelles. Les lycéens devraient découvrir à leur tour ce texte, reconnaître les décasyllabes, la mitaine de la versificatrice, le col roulé de Victor Hugo.
 
   Malheureusement peu d’enseignants connaissent Louise Michel, ils préfèrent lire le groupe Krisis ! Leurs sous-vêtements sont des Damard.
 

« Ses vêtements ôtés laissent à découvert les blessures qu’il a reçues dans la lutte contre les occupants de son pays, il lui faut subir le frottement sur son cou de la main du bourreau et les trois coups de gong qui prolongent son agonie »…
 
    
       
écrit Louise Michel à propos de Doï-Van, leader révolutionnaire au Tonkin. La veine de Louis Michel complètement inspirée est épique, elle n’a rien de ce qu’on aurait pu craindre, tous les défauts de la fée Carabosse, le sentimentalisme, le scoutisme,  le manuel de survie du libertaire dans la société de consommation.
 
    Louise Michel, c’est quand même autre chose que, moins stylés, moins polis, le manifeste Krisis et ce genre de phrase : 
 
 

    «Ne courbons plus l’échine sous le joug des marchés de l’emploi et de la gestion démocratique de la crise ! La condition en est que de nouvelles formes d’organisations sociales (associations libres, conseils) contrôlent les conditions de la reproduction à l’échelle de toute la société. »

 
    A ceux qui sont tentés par l’adultère avec les socialistes et qui lisent les romans de Douglas Kennedy, je ne résiste pas à l’envie de recopier les dernières phrases de Louise Michel. La préface de Prise de possession ne précise pas quelles furent les réactions de l’auditoire de Louise Michel en 1883.
 
   Signa-t-elle des autographes ? Parmi son public, y avait-il quelqu’un pour l’enregistrer sur un Nagra de l’époque ? La Nouvelle-Calédonie en 2014 devra choisir son destin…
 
   « Personne au monde ne peut rien pour dénouer la situations présente.
   Les urnes ont assez vomi de misères et de hontes.
   Au vent les urnes, place à la Sociale !
   Le monde à l’humanité !
   
    Le progrès sans fin et sans bornes !
   L’égalité, l’harmonie universelle pour les hommes comme pour tout ce qui existe !
»
 
  Esprit libre, Louise Michel avait donc fait ainsi l’apprentissage de la liberté.
 
 
Christian Samson

Par michel-dani alain - Publié dans : lecture-critique
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Vendredi 11 novembre 2011 5 11 /11 /Nov /2011 18:23

 Les dits du fleuve
Tahar Bekri

illustrations de Joël Leick, éditions Al Manar
 
 
    Dans le lit des fleuves soufflent les vents. Et les poèmes disent notre besoin de revoir la mer. Un « dit » est  un p
oème au Moyen-Âge. La définition paraît insuffisante à propos du recueil de Tahar Bekri, composé au gré des voyages et conférences à Québec, Guadalajara, à Boston et Sarajevo. Le poète part à la rencontre des grands fleuves départagés par les montagne ; il les entend et les laisse parler par sa voix :

« Que je m’appelle Tigre
Ou Euphrate
Qu’importe

Qui dira aux peupliers la déroute des palmeraies
Désertées par les colombes
»
 
   Le fleuve est nomade, richesse, il irrigue les continents, témoin des pillages, du martyre des femmes exploitées, victimes des razzias.
 
«
Cette eau douce que je t’apporte
Pour apaiser ton sel
 
Ne me dis pas qu’elle porte
Tant de naufragés
 
Comme bêtes empaillées
Par la ruse des passeurs
 
Fugitifs de l’illusion
Jetés à  la confusion des certitudes
«
 
   Une fois que le le lecteur a compris la disposition stratégique du poète et ses thèmes, il peut librement se promener d’un poème à l’autre, se laisser surprendre, emporter par le lyrisme de l’inspiration épique et revendicatrice. Adopter le nomadisme dont ils rendent compte, entrer dans une commune fascination pour les éléments liquides, découvrir toujours en aval les arbres et leur verticalité qui sert de repère (olivier, eucalyptus). Un homme se veut toujours en transit quelque part.
 
   La rêverie est une sève offerte. Parmi tous les lieux et sites historiques arrosés (l’Egypte des pyramides),  le fleuve participe au culte solaire et  à la douceur des bords de la Méditerranée, du golfe de Gabès en particulier, le pays natal,
 
   Comme le bateau ivre de Rimbaud, le fleuve raconte son aventure. Le contexte n’est plus vraiment imaginaire, c’est l’humanité  - la société des pêcheurs et des agriculteurs - qui parle à travers le courant.
  
   Le poète construit un humanisme contemporain, d’œuvre en œuvre, après une inspiration tournée vers la culture uniquement arabe, laïque et militante (
Les Chapelets  d’attache, 1993).
 
 
Le recueil se glisse dans une poche, dans un filet destiné au passager d’avion.
Trois gravures de Joël Leick accompagnent et renforcent la rêverie abstraite du voyageur.
 
Christian Samson.

Par michel-dani alain - Publié dans : lecture-critique - Communauté : Poésie contemporaine
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Dimanche 6 novembre 2011 7 06 /11 /Nov /2011 23:28

Edité chez Gallimard, ce premier roman (?) de Lilyane beauquel mérite quelques mots dans notre rubrique "notes de lecture'".

Avant de rédiger l'article que cet ouvrage mérite , voici l'excellente critique trouvée sur sur le mensuel "L'estrade" - gratuit mais étonnant par la qualité et la variété des articles- et signée d'Aline Hombourger, illustré par la photo de Daniel Denise.

 

( que nous remercions -photo recadrée)

 

BEAUQUEL-DEF--.jpg

 

cliquez sur les images pour les agrandir

 

ARTICLE-BEAUQUEL.jpg

je me permetrtrai une simple remarque d'enseignant d'histoire à propos du chapeau de l'article.

Où on lit : "quatre jeunes soldats allemands partis défendre leur pays en 1915."

L'article, très littéraire, a été écrtit par une personne instruite : on peut mesurer par là la  force d'une propagande qui a conduit les Français à la réconciliation  - tout à fait honorable- avec le peuple allemand.

Car les jeunes allemands, depuis 1870 n'ont jamais été "utilsés" par leurs dirigeants pour "défendre leur pays" , mais bien pour envahir le nôtre en 1870, puis en 1914, enfin en 1940.

Que la confusoion règne à ce point dans les esprits éclairés montre bien  l'efficacité de la communication politique.

Il a fallu d'ailleurs forger le terme NAZI - qui désigne les "mauvais allemands des années 30 et 40- pour blanchir le peuple allemand des crimes de la seconde guerre mondiale : la réconciliation s'est faite grâce à ce tour de passe-passe sémantique..

Triomphe du discours et du vocabulaire !

Par michel-dani alain - Publié dans : lecture-critique
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