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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 21:09

 

Annick Breton

L’Embellie

éd. ASPECT,  Nancy  2010


 

La lecture des poèmes de l’Embellie d’Annick Breton laisse le plus souvent  un sentiment d’étrangeté en ce qu’ils semblent éclater, comme si encore ils perdaient soudain de leur cohérence.  Suites arrêtées ou significations suspendues. « Papiers, collages …/… Ecrits morcelés / Aux frontières de soi… ». Ce qui , dans cette langue blessée, peut se manifester métaphoriquement par des égratignures, blessures, saignements de la bouche, « saignements des lèvres » et engendrer  ratures, craquelures, cassures comme autant de morceaux à reconstituer et se traduire en une poétique du fragment. « Solitudes ouvertes / Aux cassures, aux comas.. », tout se joue finalement entre les « interstices » comme si, à compter d’une entrée dans les mots qui nous conduisent vers une certaine intention, la perspective allait bifurquer, vers d’autres domaines ou paysages. Ici, tout se joue « entre pierre et peau », « Entre peau et chimère », « Entre ciel et dégoût » s’il est vrai que  quelque chose s’y insère lentement, « erre », jusqu’à voir éclater ces mots raccommodés et ouvrir des passages.  On comprend mieux alors que le poème  se réoriente  par une sorte de décision de l’indicible, venue de beacoup plus loin que n’en laissaient paraître les prémices, : « Des râles me pressent / Où la langue s’efface // J’erre dans le mot / Je l’ausculte et me tais », peut-être même d’un néant possible. Il s’agit, à partir des « mots dans la gorge » et sous cette fragile écorce, de permettre l’émergence des sons et de cueillir ou recueillir des ombres, « …écho du rêve qu’on est las / D’appeler … », d’ouvrir des passages .

Les poèmes de l’Embellie  y exhortent  « un autre moi » aux frontières de soi , comme une mise en forme de cet indiscible pressenti, éclatant parfois en bulles :  « Mon poème a l’audace / Des mondes qui se succèdent, / Il a l’allure d’une cascade / A l’aube / Et s’éloigne en silence … »

 

                                                                                           Bernard Demandre

 

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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 20:42

Le récital de poésie ENFANCES,"textes lus dits et chantés de poètes d'aujourd'hui" a tourné durant tout le Printemps des Poètes.

Le public ?

Peu de monde à la MJC Pichon de Nancy - dont nous remercions à nouveau directeur et personnel. Succès d'estime au Collège Valcourt, dans des conditions difficiles mais devant un public attentif.  De beaux succès à Saint-Dié-des-Vosges et à Provenchères. Réussite aussi devant le public (captif) des lycéens de Lapicque d'Epinal, qui avaient préparé - merci cette fois au personnel des métiers de bouche - une belle soirée, festive et littéraire, conviviale et culturelle. Et le 6 avril, c'est à la BMI d'Epinal Gobey que s'est terminée la tournée dans une ambiance chaleureuse.

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Nous redonnerons ce récital  les après-midis de 1 et 2 juin lors du 2ème Salon des éditeurs de Lorraine "TOME I" (le 1, 2 et 3 juin) au Conseil Général de Meurthe et Moselle (face à la piscine ce Nancy-Thermale)

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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 16:25

Accueil à la maison le 14 mars

Max et Juliette plongés dans un village de la Lorraine du sud, ALLAIN, à quelques kilomètres de Toul

 

 

 

 

 

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 A Villey - le-Sec (54) en partenariat avec la communauté de communes, à la Maison de la Communication, rencontre enregistrée en public par Radio -Déclic

 

FLYER RIPPON VILLEY

 

 
>  Radio DÉCLIC au cœur d'un Pays!


> Anne-Laure RICCI - Communication
> contact@radiodeclic.fr

 

   87.7 FM (Toulois et bassin de Neuves-Maisons),

101.3 FM(Sud Toulois),

 89.6 FM (Saintois),

et sur internet

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           EPINAL (88)  rencontre informelle dans le cadre des soirées lecture de la BMI, en partenariat avec l'association    "  Le cri de la Laitue"

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EPINAL (88) au Lycée Louis Lapicque

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  Max Rippon et Veronique Bart, professeur de lettres et cheville ouvrière des rencontres depuis 13 ans

 

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FLYER RIPPON bmi

 

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Max Rippon (M.D.M. ?), au coeur de la BMI Epinal Golbey : les ouvraages, comme les boiseries ont été apportées des monastères de la vallée du Rabodeau après le rattachement de la Principauté de Salm Salm à la France républicaine à la  suite de la Révolution

 

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  Damien responsable de l'acceuil et de cette belle soirée

 

A Onville, en partenarial avec l'association "BIBLIONVILLE " et le soutien  de la Médiathèque départementale

 

flyer onville rippon

 

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  La Biblionville est une association soutenue par la Médiathèque de Meurthe et Moselle qui a assuré le volet financier de cet accueil. Et c'est Catherine Singer, sa Présidente, qui nous a reçu dans cette petite salle où nous avons rencontré un public nombreux et chaleureux.

 

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  Un séjour très court (trop court !) mais un beau soleil créole pour ce Printemps des poètes 2012

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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 11:18

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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 17:45

flyer-onville-rippon.jpgFLYER-RIPPON-bmi.jpg à la bibliothèque d' Onville le 17 mars à 10 h

 à la BMI d'EPINAL LE 16 MARS à 20 H

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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 22:52

affiche enfance fond bleu def

 Nous serons

- au Collège Valcourt , le 9 mars à 13 h 30

- sur la scène de la MJC Pichon le 15 mars à 20 h 30 : séance publique

-au Lycée Louis Lapicque d'Epinal le 21 mars à 18 h

- à la BMI de Saint Dié le 22 mars à 20h30 : séance publique

- au Centre Culturel de Provenchères (88) le 24 mars à 20 h : séance publique

- à la BMI d'Epinal le 6 avril à 20 h : séance publique

Dans l'attente de vous rencontrer pour fêter avec vous le Printemps des Poètes 2012

 

 

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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 14:17

 

 

 

  Les répétitions ont commencé à la salle polyvalente du village d'Allain pour le spectacle "ENFANCES, textes lus dits et chantés de poètes d'aujourd'hui" proposé par "Les Amis de la Poésie" dans le cadre du Printemps des Poètes 2012.

 

Autour de Danièle, André, Simone et Jean Michel, à la guitare Michael - accompagnemet, adaptations musicales et chansons personnelles - ont choisi une trentaine de textes de poètes contemporains, de Prévert à Richard Rognet, en passant par Pierre Reverdy et François Maubré.

Les dates des spectacles dans la région lorraine eront communiqués début février. A Nancy, ce seraz le 15 mars à la MJC Pichon.

L'entrée est gratuite.

 

 

 

 

 

 

 

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Le cartable,  sur un texte de Régine Detambel

 

 

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En attendant l'émission que nous allons faire à Radio-Déclic autour de l'oeuvre d'Ariane Dreyfus, écoutez l'interview d'Araine Dreyfus  par Sophie Nauleau sur France Culture

 

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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 14:14

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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 14:08

 

Avant le silence des forêts
 Lilyane Beauquel, collection blanche Gallimard Editions
    
 
   
Elle est photogénique et drôle. Elle travaille à l’IUFM de Nancy–Lorraine où Jean Michel a imprimé sa silhouette. Son miracle  a commencé avec Erich Maria Remarque, et les « petits jeunes gens » allemands, Henri Barbusse et Le feu. Son père est un ancien combattant de la Seconde guerre.
 
 


Début : « La pluie est la loi du monde et je suis, avec tous, cette pierre du fond des rivières, dans la boue, et je glisse, et glissent encore plus bas les camarades chargés du barda. »


Fin : « J’aurais voulu écrire ces derniers mots. Ils sont démantelés.
   Mais quoi, est-ce la fin ? »
 
      
    
La prose poétique de ce roman le rend très agréable et demande à être appréciée à plusieurs reprises. Comme on aime la saveur de la mirabelle, et qu’on veut la retrouver dans une bière, un vin, un bonbon, une madeleine… Peut-être bientôt, dans un camembert, dans la sauce d’un canard ou d’un gigot d’agneau. Un livre à découvrir dans une clairière, au bord d’un étang, près d’une écluse, sur le bord d’une autoroute. Et rappelant parfois les poèmes de Wilfrid Owen traduit par Emmanuel Malherbet - et, bien évidemment, Guillaume Apollinaire dans les poèmes et lettres à Lou. On peut feuilleter Avant le silence des forêts sur une aire de repos, avant un itinéraire dans la Meuse, en passant d’un cimetière à un autre, Belge, Lorrain, un cimetière américain – en se rendant par exemple à Charleville, dans les Ardennes ou en Suisse.
   
    Il y a du Julien Gracq dans
Avant le silence de la forêt, du Maurice Genevois, du Gabriel Chevallier (La peur éditions le dilettante)… On pense pour le cinéma à Pabst et aux Quatre de l’infanterie, à Lewis Milestone… On est gagné par une rêverie hors du temps, attentif au détail d’une langue raffinée qui a vraiment prise sur nous :

    
« Un soldat joue de la flûte. Le petit air populaire dégringole sur nous et fait chanter des rengaines bavaroises, il raconte le jouet que nous mettions au coin pour le punir … Nous attendons, jamais l’ordre d’attaquer n’est donné. »
 
 
    L’absurdité de la Première guerre mondiale est rapportée à travers les notes de Simon, parmi quatre jeunes bavarois de son village.  Elle contraste avec la richesse des impressions et de l’écriture attachée à des images inattendues.
 
   Lilyane Bauquel donne un premier roman remarquable. On est loin de l’individualiste Bardamu sur le champ de bataille donnant des pages inoubliables. La vision des tranchées est proprement réinventée, originale.
 
   Le roman est plein de références discrètes à la littérature. Ou plus globalement à l’imaginaire de guerre amassé depuis un siècle que la Première Guerre mondiale est terminée.
    
   « La cruche » évoque le théâtre aux armées, comme dans le film  
Le caporal épinglé de Jean Renoir.


  Qu’on s’arrête sur le passage intitulé  « maison », le pillage dans les fermes entretient un vague rapport  - certes subjectif - avec certains contes normands de Maupassant, Boule de suif, par exemple, et plus encore avec «Mademoiselle Fifi », une nouvelle qu’on étudie souvent au lycée. Mais, plutôt qu’à une narration romanesque, ces fragments soudés par le point de vue d’un soldat en peine d’employer le « je » individuel forment un journal intime, un carnet de bord d’une recrue de vingt ans qui partage avec les autres soldats, Allemands ou Français, un sentiment indivis de l’amitié, un amour pour Anke et toutes les jeunes filles rencontrées dans les bals du village. On peut parler de chœur, de polyphonie, tant la voix de Simon est traversée par les «émotions » - le mot est faible – de Otto, Heinrich et Nathan. Des enfants intérieurement, et qui refusent les horreurs vécues au quotidien dans les tranchées, dans cette drôle de guerre où ils peuvent être aussi assaillis par des appétits guerriers, la cruauté ou la fragilité des victimes.
   
 
« Nous sifflons des airs de clown, nous faisons du tapage en enlevant les morts puis tour s’apaise. »

 
   Le livre  qui finit par la mort de Simon et de son chien est paradoxalement un hymne à la vie. On ne pourra pas les réveiller tous les deux, ils dorment comme le dormeur du val de Rimbaud

 
   Il serait présomptueux de résumer ce livre, et au lecteur de retarder le plaisir d’y entrer en attendant sa publication  éventuelle en livre de poche.  

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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 18:15

 

L’homme unidimensionnel
   Herbert Marcuse coll. Points 1968
 
 


  L’essai a influencé ceux de mai 68 qu’on a appelés « les enfants de Marx et du coca cola ». Il s’en prend à l’Amérique capitaliste dite « néo-colonialiste » * autant qu’au régime  communiste des pays de l’est (Prague et les chars évoqués dans le roman de Milan Kundera L’insoutenable légèreté de l’être). Après la domination de la méduse métaphysique, il aspire à nous libérer du joug de l’Etat, des médias et des crabes de la consommation.
                                                                                      * sens détourné de ce qu’il désigne habituellement.



Préface
: « J’ai analysé dans ce livre quelques tendances du capitalisme américain qui conduisent à une « société close » - close parce qu’elle… intègre toutes les dimensions de l’existence, privée et publique. »
 
1.    La société unidimensionnelle

2.    La pensée unidimensionnelle

3.    Perspectives d’un changement historique



 
 
1. La société unidimensionnelle
 
  L’homme se trouve sur une toile d’araignée et  connaît la privation de toutes ses libertés dans la société actuelle dite « de progrès » :
 

  «  La société industrielle qui s’approprie la technologie et la science s’est organisée pour dominer toujours plus efficacement l’homme et la nature, pour utiliser ses ressources toujours plus efficacement. »
 

Les superlatifs insistants de Marcuse sont plus recevables qu’une dramatisation de la condition sociale à laquelle l’homme est asservi. Où il est constamment mobilisé, tenu en éveil, non sans des tensions personnelles.


   La société poursuit sa frénésie de productivité  dans l’ère de la consommation comme auparavant dans l’état de guerre.
 
Dans « l’enfermement de l’univers politique », il faut déplorer que le programme de l’opposition  (et des syndicats) ressemble à celui du parti au pouvoir ; tous sont mus par des intérêts communs. La pensée radicale du philosophe Marcuse s’exprime ici, en renvoyant dos à dos les idéologies et actions politiques :
 
« … La société capitaliste a une cohésion interne que les stades de la civilisation n’ont pas connue. »
 
 
(Chapitre 4) L’univers clos du discours.
   
   La  puissance des médias et leur sacralisation laminent la réflexion individuelle, avec la complicité dépourvue de scrupules  « des agents de publicité /qui/ façonnent l’univers de communication dans lequel s’exprime le comportement unidimensionnel. »
 

  Marcuse décrit le processus d’appauvrissement  et d’oxydation de la langue, réduite à des constructions dignes de la gestuelle - mimique et  cris -  des primates : «  C’est le mot qui ordonne, qui organise ; il incite les gens à faire, à acheter, à accepter » . L’époque paraît mettre à exécution la « novlangue » imaginée avec prémonition par Orwell dans son roman 1984.


 
 

 «  Dans cet univers du discours public, la parole est un déplacement de synonymes et de tautologies ; elle ne recherche jamais en fait la différence qualitative. »
 
 


 
… En quelque sorte, la parole est tenue en laisse, massivement réprimée dans un univers de conditionnement et d’inflation de la langue de bois, avec ses sigles, abréviations permutables, ses plaques sémantiques d’eczéma,  ses épithètes homériques –  « Werner von Braun le créateur-de-missiles- aux larges épaules »  (immigré allemand comme Marcuse) -, ses  diktats dénoncés par Roland Barthes (Le degré zéro de l’écriture, éditions du Seuil)  : l’écrivain consciemment ou hypocritement  se trouve en devoir de résistance.
   

   On peut s’étonner des citations récurrentes de l’essayiste français, et se demander dans quelle langue Marcuse a pu découvrir Le degré zéro de l’écriture, avant de le convoquer ainsi en témoin du démantèlement linguistique généralisé sur la planète.

 

En examinant les plaintes que les travailleurs formulaient au sujet de leur salaire et de leurs conditions de travail, les chercheurs insistèrent sur le fait que la plupart du temps l’énoncé de ses plaintes se faisaient en termes vagues, indéfinis… Les chercheur, en se réglant sur le principe de la pensée opérationnelle, interprétèrent et reformulèrent ces propositions/… / La proposition « les toilettes sont insalubres «  était reformulée ainsi : « à telle et telle occasion je suis allé aux toilettes et j’ai trouvé la cuvette sale ».  Des enquêtes montraient alors que cette situation était due « principalement à la négligence de quelques employés. » (Page 146).

 
    
Humour swiftien de cet exemple et démonstration de la logique administrative sur lesquels Marcuse ne manque pas de s’étendre.
 

2. La pensée négative : la logique de la contradiction est mise en échec
 
    
La seconde partie, la plus ardue, s’organise autour de cette phrase, vertigineuse et révélatrice de la hauteur d’esprit de Marcuse, qui choisit des formules d’imprécateur et d’iconoclaste, à la manière de Hannah Arendt dans La crise de la culture (1961) :
 
« La rationalité technologique de l’univers totalitaire est la forme la plus récente qu’a pu prendre l’idée de Raison. »
La rationalité grecque distinguait le vrai du faux, concourait à la connaissance du réel dans un univers à deux dimensions, aspirait à une universalité de la raison dialectique, « Le fait que l’homme est progressivement enchaîné à un appareil productif, révèle les limites de cette rationalité et sa farce sinistre… ‘

 
 
3.
Perspectives d’un changement historique

     Il existe seulement deux  projets  historiques qui se trouvent en conflit « et l’issue des événements semble dépendre de deux séries de facteurs antagoniques :
1.    la plus grande force de destruction ;

2.     la plus grande productivité sans destruction. En d’autres mots la plus grande vérité historique appartiendrait au système qui offre le plus de chances pour une pacification. »


 

Dans un monde où règne ce que Marcuse qualifie de « folie économique », chacun subit, tolère l’irrationnel de la Raison résumé par trois anecdotes  à propos du déphasement vécu quotidiennement : - l’appétit de changement de l’automobiliste passant  d’une voiture  à une autre et obsédé par les marques pour son bien-être  – le plaisir de la campagne devient une recherche de la « réserve naturelle » contre les enseignes publicitaires et le citoyen cautionne ainsi un gouvernement déterminé à financer l’extension des parcs naturels.





 « La pensée critique doit s’efforcer de définir le caractère irrationnel de la rationalité établie… la technologie est devenue l’instrument d’une politique destructive. «



 

  


Peut-être le fondateur d’Apple a –t-il été inspiré par Marcuse (et Thomas Pynchon, l’auteur de Vente à la criée du lot 49)  en proposant des produits alliant fonctionnalité, design et écologie.  La technologie au service de l’industrie poursuit « quelque chose de cette corrélation mythologique entre le réel et le possible (qui) a survécu dans la pensée scientifique… » Marcuse, Steve Jobs et Pynchon visent accessoirement une réalité et une existence devenue libre, « avec des besoins vitaux satisfaits » :










« On peut calculer quels doivent être les besoins que l’on doit dispenser aux malades, aux infirmes et aux  gens âgés – c’est-à-dire qu’on peut calculer comment réduire l’angoisse, comment libérer de la peur. Des obstacles politiques s’opposent à une telle matérialisation… »



  Les dernières pages de L’homme unidimensionnel, les plus passionnantes de l’ouvrage, relèvent autant du document sur une nouvelle idéologie anticapitaliste se constituant dans les années 1970 que de la pure utopie, le contraire de la dystopie illustrée par Georges Orwell et son roman célèbre 1984 - au détriment de Hommage à la Catalogne, témoignage direct sur la guerre d’Espagne raconté aux côtés des républicains et anarchistes  à Barcelone - .




   «
La « pacification de l’existence » ne peut pas provenir d’une accumulation du pouvoir, mais du contraire. La paix et le pouvoir, Eros et le pouvoir, ce sont peut-être des termes contraires… La pacification suppose, qu’on a vaincu la résistance de la nature… il y a deux façons de vaincre la résistance de la nature : l’une est répressive, l’autre est libératrice… »
 

  La nature peut être transcendée par le contrôle des naissances, le discrédit du racisme encore présent dans certaines régions reculées du monde… La Raison dans une autre acception que celle du XVIIIe siècle peut transférer la notion de progrès, réparer les insuffisances et la cécité des encyclopédistes, renouer avec la conception grecque assimilant art et technique. Marcuse condamne le dicton préféré de Samuel Beckett (« N’attendez pas d’être chassés pour vous cacher… »)  se réfère à Marx et à Hegel à propos de l’homme disposant de cette chimère brandie en toute circonstance du « temps libre ». Son idée force est que la « culture » révèle ses origines et qu’elle est le privilège d’une aristocratie – précisons une aristocratie « bourgeoise » - et, bien entendu, réactionnaire, sclérosée, pantouflarde.
 
 



« Prenons un exemple (malheureusement fantastique) : si simplement il n’y avait plus subitement de publicité et d’endoctrinement dans l’information et dans les loisirs, l’individu serait plongé premièrement dans un vide traumatisant, puis il y trouverait la possibilité de se poser des questions et de penser. Bien entendu, une telle situation serait insupportable et cauchemardesque. »


 
« Si la télévision et les moyens de communication similaires cessaient de fonctionner, alors pourrait commencer à se réaliser ce que les contradiction inhérentes du capitalisme ne sont pas encore parvenues à accomplir : la désintégration du système »
 
 
  Herbert Marcuse montre son goût littéraire – et se lâche complètement - dans la conclusion, où sont tour à tour mentionnés Samuel Beckett, Lewis Carol, Maurice Blanchot,  Walter Benjamin, les écrivains et les artistes de la liberté d’expression, parfois sournoisement menacés par une psychanalyse  hégémonique qui fait  actuellement le miel de Michel Onfray.
  

Le « dictionnaire des sciences humaines » (PUF éditions 2006) réhabilite Herbert Marcuse (1898- 1979) associé à tort, alors qu’il est philosophe, aux hippies, pacifistes américains de Woodstock et protestataires contre la guerre du Vietnam (genre Bob Dylan !). :
 
  « Marcuse rassemble en une synthèse inédite  les impulsions du mouvement ouvrier et les contestations de la modernité plutôt axées sur le nivellement de la culture, la perte du sens et l’aliénation marchande.  Le centre de gravité de l’ouvrage - écrit Stéphane Haber - consiste dans une dénonciation vive de la société de consommation contemporaine et se termine par un appel à la révolte qui concerne d’abord les minorités exclues, réprimées ou exploitées par la société d’abondance après la guerre, organisée selon les principes d’une rationalité étouffante. »
  

   
   Marcuse entretient un propos dérangeant à propos d’Auschwitz moins inscrit dans la mémoire que dans la « gadgétisation » de la société qui amène à suspecter la science et la technologie contemporaine :
« La société a restreint, elle a même anéanti l’espace romantique de l’imagination…Libérer l’imagination afin que lui soient dpnnés ses pleins moyens d’expression  présuppose de réprimer une grande part de ce qui est présentement libre dans la société répressive… »
  
 
    Il reste à traduire, désormais,  le discours de Marcuse en mots d’ordre.
 


 
Christian Samson

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