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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 16:47

Seule, ma voix seule

Prisonnière ou

Libre d’un poème

N’ouvre aucune flammèche

Si elle ne rejoint

Ton regard

Et le feu de chacun

Mêlé aux plaies de la terreur

Comme aux plaisirs de l’amour

Et l’amour

Brindille petite, défie

La nuit gigantesque qui

Escorte de boue, de sang

De crimes, de folies, nos vies

Même muré l’amour

Étouffé, éclaté, invisible

Au creux de toi, persiste

Tu en perçois les sons

Les battements qui

Réinventent la lumière

Et dans l’espace éclaté

Tu reprends forme

Et tisons parmi les autres

Aux jours mouillés d’effroi

Tu ne t’agenouilles pas

Mais porte ta voix

Petite

Mais presque oiseau

Cet oiseau qui sur la branche

Donne au chaos du monde

L’espoir d’un chant

Jacqueline Persini-Panorias

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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 12:37

Naissance sans fin

*

Un être inconnu collectif

s’est soulevé contre

la régression de l’humain

où la barbarie voudrait

nous contraindre

nous emprisonner

ce 11 janvier 2015

une résistance s’est révélée

à elle-même

en chacun de nous

par millions d’individus

citoyens qui avons marché

nous sommes vus

les uns les autres

*

Sur terre des millions d’hommes femmes

solidaires disant non à l’attentat aux attentats

ont dit oui à la liberté

*

D’elle nous sommes devenus

un instant le flambeau

étonnés de le vouloir

et du pressentiment

d’intelligence et cœur

que ce désir exigera

*

Mouvement inoubliable et spontané

de l’aventure humaine prémisses

d’une conscience collective en devenir

son instant hier ressemblait aux pétales

d’une immense fleur qui s’ouvrirait

au soleil des mondes en naissance

* * *

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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 11:06

Nos amis poètes de l'ïle Maurice éditent une revue de poésie en langue française POINT BARRE

Nous relayons ici leurs courriels

POINT BARRE 14 ‒ APPEL À CONTRIBUTIONS

Le prochain numéro de la revue de poésie Point barre sera dédié au sexe dans tous ses états et aura pour titre « No Limit ».

Les propositions, en français, anglais ou créole, obligatoirement inédites en recueil, seront transmises en pièces jointes (voir consignes ci-après) au comité de lecture à l’adresse électronique suivante : yhkadel@yahoo.com. Chaque auteur ne proposera qu’un poème, dont la longueur n’excèdera pas 60 vers (ou lignes).

La date limite pour les envois est le 15 mai 2015 (sortie du numéro 14 en juin 2015).

Merci de diffuser cet appel auprès de vos confrères et amis.

CONSIGNES

Format du fichier : Word.

Format du texte : Times New Roman 12, interligne simple.

Titre du texte (si applicable) : en majuscules, gras.

Signature : préciser votre nom complet, pays d’origine et adresse électronique à la fin du texte.

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9 janvier 2015 5 09 /01 /janvier /2015 19:46
Chantal Dupuy-Dunier

ses voeux pour 2015 (reçu avant l'attentat contre Charlie Hebdo)

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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 23:07
CHARLIE : la contribution en images
CHARLIE : la contribution en images
CHARLIE : la contribution en images
CHARLIE : la contribution en images

Molière, Voltaire et Hugo : notre liberté et Charlie

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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 23:06

N’égrène pas le désespoir

Les humains ont besoin de frères

Plus que de pierres et de fusils

Que tu sois Cabu, Wolinski

Que tu aies perdu tes amis

N’égrène pas le désespoir

Que tu sois gosse rigolard

Te foutant de tous les pouvoirs

N’égrène pas le désespoir

Que tu combattes avec crayons

Avec tes plumes, tes chansons

N’égrène pas le désespoir

Que tu écrives ou dessines

Et meures pour être entendu

N’égrène pas le désespoir

Que tu te réveilles en pleurant

Que tu sois juif ou musulman

N’égrène pas le désespoir

Que tu sois dans un cauchemar

Où on tue rire et intelligence

N’égrène pas le désespoir

Que tu aies froid, peur et douleur

Héros de guerre ou tout petit

N’égrène pas le désespoir

Que tu aies une religion

Ou que tu crois juste en Charlie

N’égrène pas le désespoir

Que tu haïsses l’extrémisme

L’obscurantisme et la bêtise

N’égrène pas le désespoir

Que ta voix sève vivante

Mette en joue tout amalgame

N’égrène pas le désespoir

Que liberté battue à mort

Naisse et renaisse dans tes mains

N’égrène pas le désespoir

De celui qui vit à genoux

Toi qui tient à rester debout

Et marcher avec les humains

Jacqueline Persini-Panorias

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2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 18:00

Cette année

Il nous faudra

Capter

le fil de la vie

l'user

en abuser

Fixer

les temps d'arrêt

pour recueillir

le bruissement des choses

l'ébrouement de la nature

entendre leurs secrets murmurés

Suivre

le réconfort de la clarté

espoir apaisé

sur la découpe inégale des jours

Protéger

ce sentiment immodéré

absolu de vie

partage

dans les yeux de rencontre

Étirer

les instants de paix

où l'on soupèse

la densité du silence

son épaisseur

Saisir

le sens des moments offerts

le goût du bonheur

Chercher

des vers où les mots

révèlent

ce qu'il y a derrière les mots

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21 décembre 2014 7 21 /12 /décembre /2014 17:35
salon de l'Autre LIVRE 2013 extrait
salon de l'Autre LIVRE 2013 extrait

quelques propositions de cartes de voeux pour 2015

cliquez sur l'image pour l'avoir pleine page

d'un salon l'autre...

d'un salon l'autre...

Zébus à Madagascar

Zébus à Madagascar

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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 16:05

Pour une raison inconnue, je n'avais pas enregistréce texte de Uar Timol, poète mauricien, un texte envoyé pour l'année 2014, coincé dans les tuyaux du côté de janvier 2014

Je le prie de bien vouloir m'en excuser

Chers amis, je vous envoie quelques fragments. je vous souhaite une sublime année 2014.

Amicalement, Umar

Je leur souhaite de voir parfois la beauté des mots. Ils n’en feront pas un impératif de vie. Comme moi. Ils ne se mettront pas à la chercher avec ferveur et folie presque, ils ne tenteront pas de l’excaver dans des milliers de livres. Ils se contenteront de parcourir quelques pages, entre deux rêves ou deux certitudes, et se délecteront un instant de cette beauté. Ils sauront qu’il est donné à des êtres, qu’on nomme poètes et écrivains, la grâce solaire des mots, qu’il leur est possible de les ployer à volonté et des les ordonnancer selon une architecture mystique. Est-ce qu’ils se mettront alors à pleurer, est-ce qu’ils demeureront pétrifiés, incapables d’énoncer le moindre mot, le moindre souffle, est-ce qu’il leur arrivera de se dire que ce monde leur suffit, est-ce qu’ils voudront alors écrire ? Que feront-ils ? Mais qu’importe. Je leur souhaite de voir parfois la beauté des mots. Leur vie ne sera pas amoindrie autrement. On peut s’en passer.

Elle n’a après tout qu’un seule merite, parfaire l’éclosion de toute beauté en soi et parachever son règne.

D’avoir parfois vu dans vos yeux l’innocence incarnée, son caractère absolu et ses velléités, rend la mort possible. Une mort non inquiète et vénéneuse mais qui scelle un pacte avec la joie. Et c’est ainsi que je m’en irai, c’est mon vœu et ma promesse. Je ressasserai sans fin, alors que mon souffle s’éteindra, les rythmes, les lueurs et les usages de votre innocence. Ce jaillissement de lumière dans ce trop plein de limpidité, ces louanges de la beauté d’avant les ombres, l’insoumission de ceux qui ne savent pas encore les vendanges des nuits brisées, la censure des plaies du monde et ce paysage de songes labouré par les vents, que rien, ni personne ne peut renier. C’est ainsi que je m’en irai. Je m’en irai, bercé par les grandes traversées de l’innocence dans vos yeux, innocence qui m’a fait l’offrande d’une permission, celle de vivre et innocence qui fera de mon agonie une fête.

-

Je ne récuse pas la transcendance de ce corps, aujourd’hui, engorgé de boue et de pluie, qui se meut dans l’extase diluvienne, ce corps qui sait qu’il n’est d’autre ancrage que la terre, cette terre qui est une boursouflure rouge-sang, terre qui chevauche ces veines émaillées de désirs et qui les défont dans les osmoses de vents qui s’évertuent à la puissance. Je ne récuse pas cette transcendance. Nulle fatalité n’enferrera sa trop grande liberté, nul scribe n’érigera dans des parchemins la syntaxe de ses abandons, nul oracle ne sèmera dans ses audaces les vertus de la mort. Mais j’inscris cette transcendance dans la transcendance divine. Qui n’est autre que l’achèvement de ce corps. Transcendance qui l’affranchit de toute frontière, qui en fait une symphonie de lumière et de toutes ses pulsions, transcendance qui est le manifeste possible de la sainteté, transcendance qui est l’oraison de la nuit et du dénuement . Ainsi transcendances conjuguées, corps toujours plus impérieux, dont l’énonciation est le désir, corps toujours plus décharné, dont l’énonciation est le renoncement, transcendances conjuguées et corps enfin exaucé.

-

Nous ne pouvons forger des fidélités au-delà des abîmes, nous ne pouvons altérer le bavardage de la peste car nous sommes tous des pestiférés, nous ne pouvons nous affranchir du rituel des os et du linceul, nous ne pouvons étreindre la soie de l’autre à force de vouloir, nous ne pouvons calfeutrer la misère dans les plis de toute chair insoumise, nous ne pouvons proclamer la présence de la matière alors que le temps subvertit son souffle, nous ne pouvons garnir le regard de l’autre des festins de nos possibles, nous ne pouvons blesser ce rivage lavée par la houle et son sang, nous ne pouvons défaire les hérésies de la décrépitude, nous ne pouvons rompre le carnaval de l’infini qui nous renvoie à ce que nous sommes, sans doute rien, nous ne pouvons entreprendre de méconnaitre la férocité de nos absences, nous ne pouvons asservir le mystère selon les arcanes de notre savoir, nous ne pouvons dévoyer les cauchemars qui enserrent nos hurlements.

Nous ne pouvons que dialoguer avec cette lumière, ornée de la voilure de l’éphémère, qui parfois nous effleure.

-

Elle voit parfois l’incarnation de la lumière dans les brisées de son corps. Elle tente alors de l’enfermer dans le creux de ses paumes pour en faire une source, bleue et limpide, qui assèche ses siècles de tumultes et qui rapièce les morsures de la douleur. Mais la lumière est fugitive. Elle déclame la dérive des sens et se déverse dans toute peau encore sanglée de songes. La sienne, déjà flétrie à force de marteler la pierre, ne peut être un refuge mais un lieu d’escale. La lumière s’y arrête et se dévoile, l’inonde de plénitude puis s’en va. Il ne demeure dans ses paumes que le frêle souffle de ses cendres.

-

Il est donné à tout être quelques extases. La vie parfois jette son dévolu sur un corps et les lui accorde avec profusion. Ce sont sans doute ces extases qui rendent la vie possible. Peu importe le nom qu’on leur donne. Peu importe leur autorité. Peu importe qu’elles nous renvoient au déclin, qu’elles assermentent l’enfer ou qu’elles encensent la lumière en nous. Peu importe.

Ainsi il arrive parfois qu’un livre parcourt mes yeux, trainée de cendres dans mes prunelles, livre qui est le manifeste de la beauté, mots presque trop parfaitement agencés, mots cloisonnés dans l’étalage de leur couronnement, mots qui soutirent de mes yeux non des larmes mais la déraison de la littérature et de ses festins.

Est-ce que je mérite cette extase ? Est-ce qu’un seul être la mérite ? Je ne le sais trop. Je me contente de lire.

-

A l’aune de quoi mesure-t’on une vie ? Du peu de choses qu’on possède ou qu’on croit posséder ? Des impressions de la vanité qu’il nous est arrive parfois de figer dans le regard des autres ? D’avoir savouré, lors de la traversée de nuits que trop furieuses, quelques extases ? D’avoir cru parfois trompé la mort en nous exerçant à une idolâtrie quelque conque ? D’avoir malmené les malentendus à coups de chimères ?

Je sais, quant à moi, que je vis absolument lors du sommeil de mes enfants, ainsi témoigner les paysages de leurs rêves et me tenir à l’orée de leurs yeux lors de l’éclosion de la lumière.

Il ne retient de cet ailleurs que des fragments. C’est un choix. Celui d’oublier la pesanteur de l’histoire et de sa mémoire. Il ne retient ainsi que les aléas de ces lieux destinés à susciter la féerie, lieux figés et reconstruits afin d’éloigner le temps, lieux qui défont toute monotonie. Ces lieux accordent à son corps la légitimité de l’absence. Il ne lui est alors plus nécessaire de penser, de réfléchir, il suffit à son corps d’être, porté par les rythmes des foules et de la lumière. Sans doute il s’exercera plus tard à comprendre. Il tentera de démêler les cordes noueuses de cet exotisme choisi, il tentera d’en extraire la raison et sa matière. Mais il faut parfois oublier. Il faut parfois faire de ces fragments un miroir, apte à capter le dérisoire de tout bonheur qui jaillit, constellations d’astres vagabonds, miroir où se réfléchit son moi non altéré mais densifié. L’ailleurs est ce miroir fragmentaire où on se contemple pour oublier.

-

Et parfois il est incapable de création, son corps englué dans une matière boueuse, immobile, crucifié par les élans de l’absence. Il aimerait en faire un espace de liberté, ainsi se dépouiller de l’attente des mots, ne plus les désirer mais il ne peut être autrement. Les mots le rendent à l’innocence. Les mots étendent dans les transparences de son corps ces voiles baignées de la lumière d’avant la naissance de l’aube. L’innocence est à ce prix. Parfois souffrir face aux mots. Parfois ne plus en pouvoir. Parfois se résigner à la défaite. Parfois préférer la constellation de l’instant à ses labeurs. Mais il n’y peut rien. L’innocence est à ce prix. Il se mêlera, une fois de plus, aux mots, il tentera, une fois de plus, de les soudoyer, de les séduire, il s’agrippera à leur vouloir, il permettra à ses fragments de perforer son corps, il leur appartiendra. Il est ainsi fait. Il est du territoire des mots, entre mortification et innocence.

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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 15:57

Chers amis, je vous envoie quelques fragments. je vous souhaite une sublime année 2014.


Amicalement, Umar


Je leur souhaite de voir parfois la beauté des mots. Ils n’en feront pas un impératif de vie. Comme moi. Ils ne se mettront pas à la chercher avec ferveur et folie presque, ils ne tenteront pas de l’excaver dans des milliers de livres. Ils se contenteront de parcourir quelques pages, entre deux rêves ou deux certitudes, et se délecteront un instant de cette beauté. Ils sauront qu’il est donné à des êtres, qu’on nomme poètes et écrivains, la grâce solaire des mots, qu’il leur est possible de les ployer à volonté et des les ordonnancer selon une architecture mystique. Est-ce qu’ils se mettront alors à pleurer, est-ce qu’ils demeureront pétrifiés, incapables d’énoncer le moindre mot, le moindre souffle, est-ce qu’il leur arrivera de se dire que ce monde leur suffit, est-ce qu’ils voudront alors écrire ? Que feront-ils ? Mais qu’importe. Je leur souhaite de voir parfois la beauté des mots. Leur vie ne sera pas amoindrie autrement. On peut s’en passer.

Elle n’a après tout qu’un seule merite, parfaire l’éclosion de toute beauté en soi et parachever son règne.

-

D’avoir parfois vu dans vos yeux l’innocence incarnée, son caractère absolu et ses velléités, rend la mort possible. Une mort non inquiète et vénéneuse mais qui scelle un pacte avec la joie. Et c’est ainsi que je m’en irai, c’est mon vœu et ma promesse. Je ressasserai sans fin, alors que mon souffle s’éteindra, les rythmes, les lueurs et les usages de votre innocence. Ce jaillissement de lumière dans ce trop plein de limpidité, ces louanges de la beauté d’avant les ombres, l’insoumission de ceux qui ne savent pas encore les vendanges des nuits brisées, la censure des plaies du monde et ce paysage de songes labouré par les vents, que rien, ni personne ne peut renier. C’est ainsi que je m’en irai. Je m’en irai, bercé par les grandes traversées de l’innocence dans vos yeux, innocence qui m’a fait l’offrande d’une permission, celle de vivre et innocence qui fera de mon agonie une fête.

-

Je ne récuse pas la transcendance de ce corps, aujourd’hui, engorgé de boue et de pluie, qui se meut dans l’extase diluvienne, ce corps qui sait qu’il n’est d’autre ancrage que la terre, cette terre qui est une boursouflure rouge-sang, terre qui chevauche ces veines émaillées de désirs et qui les défont dans les osmoses de vents qui s’évertuent à la puissance. Je ne récuse pas cette transcendance. Nulle fatalité n’enferrera sa trop grande liberté, nul scribe n’érigera dans des parchemins la syntaxe de ses abandons, nul oracle ne sèmera dans ses audaces les vertus de la mort. Mais j’inscris cette transcendance dans la transcendance divine. Qui n’est autre que l’achèvement de ce corps. Transcendance qui l’affranchit de toute frontière, qui en fait une symphonie de lumière et de toutes ses pulsions, transcendance qui est le manifeste possible de la sainteté, transcendance qui est l’oraison de la nuit et du dénuement . Ainsi transcendances conjuguées, corps toujours plus impérieux, dont l’énonciation est le désir, corps toujours plus décharné, dont l’énonciation est le renoncement, transcendances conjuguées et corps enfin exaucé.

-

Nous ne pouvons forger des fidélités au-delà des abîmes, nous ne pouvons altérer le bavardage de la peste car nous sommes tous des pestiférés, nous ne pouvons nous affranchir du rituel des os et du linceul, nous ne pouvons étreindre la soie de l’autre à force de vouloir, nous ne pouvons calfeutrer la misère dans les plis de toute chair insoumise, nous ne pouvons proclamer la présence de la matière alors que le temps subvertit son souffle, nous ne pouvons garnir le regard de l’autre des festins de nos possibles, nous ne pouvons blesser ce rivage lavée par la houle et son sang, nous ne pouvons défaire les hérésies de la décrépitude, nous ne pouvons rompre le carnaval de l’infini qui nous renvoie à ce que nous sommes, sans doute rien, nous ne pouvons entreprendre de méconnaitre la férocité de nos absences, nous ne pouvons asservir le mystère selon les arcanes de notre savoir, nous ne pouvons dévoyer les cauchemars qui enserrent nos hurlements.

Nous ne pouvons que dialoguer avec cette lumière, ornée de la voilure de l’éphémère, qui parfois nous effleure.

-

Elle voit parfois l’incarnation de la lumière dans les brisées de son corps. Elle tente alors de l’enfermer dans le creux de ses paumes pour en faire une source, bleue et limpide, qui assèche ses siècles de tumultes et qui rapièce les morsures de la douleur. Mais la lumière est fugitive. Elle déclame la dérive des sens et se déverse dans toute peau encore sanglée de songes. La sienne, déjà flétrie à force de marteler la pierre, ne peut être un refuge mais un lieu d’escale. La lumière s’y arrête et se dévoile, l’inonde de plénitude puis s’en va. Il ne demeure dans ses paumes que le frêle souffle de ses cendres.

-

Il est donné à tout être quelques extases. La vie parfois jette son dévolu sur un corps et les lui accorde avec profusion. Ce sont sans doute ces extases qui rendent la vie possible. Peu importe le nom qu’on leur donne. Peu importe leur autorité. Peu importe qu’elles nous renvoient au déclin, qu’elles assermentent l’enfer ou qu’elles encensent la lumière en nous. Peu importe.

Ainsi il arrive parfois qu’un livre parcourt mes yeux, trainée de cendres dans mes prunelles, livre qui est le manifeste de la beauté, mots presque trop parfaitement agencés, mots cloisonnés dans l’étalage de leur couronnement, mots qui soutirent de mes yeux non des larmes mais la déraison de la littérature et de ses festins.

Est-ce que je mérite cette extase ? Est-ce qu’un seul être la mérite ? Je ne le sais trop. Je me contente de lire.

-

A l’aune de quoi mesure-t’on une vie ? Du peu de choses qu’on possède ou qu’on croit posséder ? Des impressions de la vanité qu’il nous est arrive parfois de figer dans le regard des autres ? D’avoir savouré, lors de la traversée de nuits que trop furieuses, quelques extases ? D’avoir cru parfois trompé la mort en nous exerçant à une idolâtrie quelque conque ? D’avoir malmené les malentendus à coups de chimères ?

Je sais, quant à moi, que je vis absolument lors du sommeil de mes enfants, ainsi témoigner les paysages de leurs rêves et me tenir à l’orée de leurs yeux lors de l’éclosion de la lumière.

Il ne retient de cet ailleurs que des fragments. C’est un choix. Celui d’oublier la pesanteur de l’histoire et de sa mémoire. Il ne retient ainsi que les aléas de ces lieux destinés à susciter la féerie, lieux figés et reconstruits afin d’éloigner le temps, lieux qui défont toute monotonie. Ces lieux accordent à son corps la légitimité de l’absence. Il ne lui est alors plus nécessaire de penser, de réfléchir, il suffit à son corps d’être, porté par les rythmes des foules et de la lumière. Sans doute il s’exercera plus tard à comprendre. Il tentera de démêler les cordes noueuses de cet exotisme choisi, il tentera d’en extraire la raison et sa matière. Mais il faut parfois oublier. Il faut parfois faire de ces fragments un miroir, apte à capter le dérisoire de tout bonheur qui jaillit, constellations d’astres vagabonds, miroir où se réfléchit son moi non altéré mais densifié. L’ailleurs est ce miroir fragmentaire où on se contemple pour oublier.


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Et parfois il est incapable de création, son corps englué dans une matière boueuse, immobile, crucifié par les élans de l’absence. Il aimerait en faire un espace de liberté, ainsi se dépouiller de l’attente des mots, ne plus les désirer mais il ne peut être autrement. Les mots le rendent à l’innocence. Les mots étendent dans les transparences de son corps ces voiles baignées de la lumière d’avant la naissance de l’aube. L’innocence est à ce prix. Parfois souffrir face aux mots. Parfois ne plus en pouvoir. Parfois se résigner à la défaite. Parfois préférer la constellation de l’instant à ses labeurs. Mais il n’y peut rien. L’innocence est à ce prix. Il se mêlera, une fois de plus, aux mots, il tentera, une fois de plus, de les soudoyer, de les séduire, il s’agrippera à leur vouloir, il permettra à ses fragments de perforer son corps, il leur appartiendra. Il est ainsi fait. Il est du territoire des mots, entre mortification et innocence.

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